Affiche du film Fais-moi plaisir!
© K-Films Amérique

Fais-moi plaisir!

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Please Please Me
19 novembre 2009

Contre soi

Photo Par Karl Filion

Emmanuel Mouret aborde la légèreté de front, avec une sorte d'irrévérence qui en fait un réalisateur hors des normes populaires. Un baiser s'il vous plaît et Changement d'adresse étaient construits sur le même type de quiproquo, de malentendus, de marivaudages involontaires qui idéalisaient l'amour et placent l'honnêteté comme fondement du couple avec une intelligence rare et un don d'observation unique. Il n'y a que les quelques premières et dernières minutes de Fais-moi plaisir! qui retrouvent ce sens de la légèreté que Mouret garde jalousement loin de ses contemporains, qui s'adonnent plus souvent à l'anodin et au réchauffé, le reste du film donnant allègrement dans le slapstick et l'humour de situation. Un genre plus conventionnel que Mouret maîtrise bien moins.

Voulant essayer le truc infaillible d'un ami pour rencontrer des femmes, Jean-Jacques fait la connaissance d'une mystérieuse femme qui semble passionnée par lui. Lorsque sa copine Ariane découvre le stratagème, elle pousse Jean-Jacques dans les bras de l'inconnue, convaincue qu'il ne l'aimera plus comme avant s'il ne se la sort de pas de l'idée en couchant avec elle. Jean-Jacques se rend donc à contrecoeur chez la femme, qui s'avère être la fille du Président de la République, où il fait aussi la connaissance de sa ravissante servante.

Mouret, qu'on accuse d'être trop verbeux, a un délicieux sens des dialogues qu'on retrouve en partie dans ce nouveau film qui s'éloigne beaucoup de ce qui a fait son succès. Le raffinement est toujours là, et les trois pétillantes actrices principales, dont la divine Frédérique Bel, égérie de Mouret, et Déborah François, qui s'essaie à la comédie, s'avèrent toutes excellentes; elles volent souvent la vedette au réalisateur-acteur, qui se soumet aux maladresses de son personnage comme le fait depuis des années un Woody Allen. Il est victime de désagréments physiques (se prendre la braguette dans un rideau, rencontrer l'ex-petit-ami, un boxeur colérique, briser un vase, etc.), exit donc la délicieuse satire du couple et de son hypocrisie qu'on devinait derrière ses précédentes mésaventures. Judith Godrèche pourrait passer pour maniérée si ce n'était pas apparemment délibéré.

Mouret semble donc s'éloigner de ce qui fait son charme; autant dans le film que sur la pellicule. Folie passagère ou moment de lucidité? Plutôt exercice de rhétorique, entraînement, mise au défi : après avoir prouvé qu'il pouvait proposer avec invention et talent des comédies romantiques volubiles, il tente de faire de même avec l'humour physique, la maladresse y étant tout simplement transférée. Pas nécessairement moins efficace, du moins pas à priori, pour Mouret, qui se met à nouveau en scène avec un certain talent. Le problème, c'est le manque de fraîcheur, les quelques redondances du récit et l'insignifiance de l'ensemble. La légèreté, soit, le contre-sa-volonté, très bien, mais l'insignifiance? On ne l'avait jamais rencontrée chez lui.

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Photo Karl Filion

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