Affiche du film  Fahrenheit 9/11
© Alliance Vivafilm

Fahrenheit 9/11

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a. : Fahrenheit 9/11
20 juillet 2005

Arme de destruction massive

Photo Par Karl Filion
Dites ce que vous voulez, tout ce que vous voulez, ce film frappe fort, très fort, très très fort. Je suis sidéré.

Michael Moore n'en est pas à son premier film. Le réalisateur de Roger & Me et de Bowling For Columbine (gagnant de l'Oscar pour le Meilleur Documentaire de 2002) récidive, et c'est le cas de le dire, avec un film écrit directement à l'acide; conçu et monté pour un seul objectif, personne ne le cache : la campagne anti-Bush qu'amèneront les élections de novembre prochain.

D'un point de vue exclusivement filmique, rien n'est exceptionnel dans ce nouveau film de Moore, l'Américain par excellence; car il est bel et bien un citoyen de la toute-puissante Amérique. Un citoyen privilégié, parce qu'il se pose des questions et en pose aux autres, parce qu'il sait des choses que certains citoyens ne savent pas, parce qu'il s'intéresse à ce que fait son pays. Moore n'exprime que très peu de faits dans son film, il se demande. Il se demande à quel point l'élection de Bush était légitime, il se demande si cette intervention en Irak était justifiée. Il se demande ce que Bush pouvait bien se dire devant cette classe d'enfants en Floride en apprenant la nouvelle des attentats du World Trade Center. Il se demande pourquoi la famille des Ben Laden fut autorisée à quitter le pays le 13 septembre 2001, deux jours après la date fatidique. Il expose des liens réels, des liens admis, entre les hauts-dirigeants américains et de riches saoudiens. Il oppose des déclarations faites il y a quatre ans avec celles qui ont été faites il y a quelques mois. Il permet à ses concitoyens de constater les contradictions dans la politique américaine…et écorche profondément George W. Bush, sans se gêner, et le dépeint comme un fermier idiot incapable de s'exprimer.

Moore parvient à faire pleurer, avec une pauvre femme qui a perdu son fils dans la guerre en Irak, Moore parvient à faire rire, en conservant une naïveté rare. Moore offre une merveilleuse scène où il propose aux membres du Congrès d'envoyer leurs enfants à la guerre à la place de ceux des autres, le voir se faire repousser démontre clairement la mauvaise volonté des congressistes. Moore rime avec subversion, depuis sa virulente sortie aux Oscars, et le gouvernement américain s'en méfie, ce qui ne lui donne qu'un peu plus raison.

Impossible d'aimer ce film, mais impossible aussi de le détester. On n'apprécie pas un tel pamphlet, on l'écoute, jusqu'à la fin, et on juge des faits qui y sont exposés, mais pas du film lui-même. S'il ne vous convainc pas, il oblige néanmoins à se poser des questions importantes sur l'avenir du monde, des questions existentielles. Et s'il vous faut une autre preuve de l'efficacité indéniable du film, sachez que j'ai été incapable de me lever, même après le générique, tellement mes jambes m'avaient abandonnées, tellement j'avais envie de vomir de ce monde, à fleur de peau, et de me voir dedans, avec l'impression écrasante de ne pas pouvoir agir.

Sans doute, le film profitera aux guichets de la polémique qui l'entoure. Cependant, là où certains voient un coup de marketing intelligemment planifié, je vois l'opportunité de faire passer un message à grande échelle, un message qui, quoi qu'on en pense, a des choses à dire, des choses très importantes. Avouons quand même, avec un léger sourire en coin et un clin d'œil, qu'on est bien content que ce soit Michael Moore qui s'en occupe. À voir de toute urgence.
Partager sur : Twitter Facebook
Photo Karl Filion

Mes dernières critiques

Alexandre et sa journée épouvantablement terrible, horrible et affreuse
Le juge
Les apparences
Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire
2 temps 3 mouvements
Qu'est-ce qu'on fait ici?
L'épreuve : Le labyrinthe
Aimer, boire et chanter
Site conçu et développé par Logo Libéo
Représentation publicitaire par Logo Moviefone
© 2016 Média Happy Geeks inc. Tous droits réservés.