Affiche du film  Espionne
© Warner bros. Canada

Espionne

Version en français
v.o.a. : Spy
4 juin 2015

Ça goûte l'anus de rat

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Entendons-nous, il ne s'agit pas ici d'une révolution dans l'univers de la comédie. Des parodies de film d'agents secrets, il y en a eu des tonnes au cinéma des 20 dernières années - Austin Powers, Get Smart, I Spy, Johnny English, The Tuxedo, OSS 117, This Means War, pour ne nommer que ceux-là -, mais il faut avouer qu'il est plutôt rare de voir une femme dans le rôle de l'espion principal. Et, bien que je ne suis pas une adepte de ce type d'humour de premiers degrés plein de vomissures, de flatulences et d'anus de rats, je dois avouer que coupler l'humour gras de McCarthy (qu'on a découvert dans Bridesmaids) avec cet univers high-tech rempli d'hommes narcissiques et prétentieux et d'agents doubles improbables était une idée plutôt brillante.

La force des dialogues et la manière dont on ose pousser la vulgarité jusqu'à décontenancer le spectateur qui, pourtant, en a vu d'autres, s'avèrent certaines des principales qualités de la production. Pour oser dire « je vais punaiser ta queue sur ton front pour que tu aies l'air d'une licorne qui bande mou », il faut certainement avoir des couilles, et il ne fait aucun doute que Paul Feig en a des grosses. Le scénariste-réalisateur-producteur nous offre aussi quelques délicieuses métaphores et analogies telles que « comme une vieille femme sans dent qui suçote la crème d'un beigne ». Mais c'est justement cette exagération qui fait la beauté de ce film. Ce sourcillement que nous avons en entendant les insanités de Feig prouve que le cinéaste a atteint son but. Le personnage de McCarthy pourrait se contenter d'éliminer les ennemis d'une balle comme le font les agents secrets normaux, mais non, elle doit vomir sur sa victime quand elle constate l'ampleur des dégâts... On avait compris la scène avant, mais la surenchère apporte certainement une personnalité au film qui lui permet de se distinguer des autres productions du même genre.

Ce qui est également réjouissant ici, c'est qu'on offre à Melissa McCarthy un rôle à sa mesure. Les femmes ringardes et déplacées ça a fonctionné un temps, mais le public était impatient de voir McCarthy faire autre chose qu'être le clown de service. Elle fait rire dans Spy tout autant que dans ses films précédents, mais elle démontre ici qu'elle peut construire un personnage sensible, attachant et intelligent. Jason Statham et Jude Law sont également efficaces sous les traits d'agents secrets de la CIA égocentriques et misogynes. Les chorégraphies des séquences de combat impressionnent plus que ce que nous nous étions imaginés. Bien qu'il s'agit ici d'une comédie d'action, l'ardeur n'en est pas moins grande et l'intensité des échauffourées s'avère presque aussi juste que dans des films d'espionnage plus traditionnels.

Spy est une suite logique dans la cinématographie de Paul Feig, qui nous a livré précédemment un Bridesmaids aussi décadent et un The Heat aussi décapant.

** À noter évidemment que ce genre de comédies est difficile à traduire et que la version française (même si elle est plutôt bien réussie considérant l'ampleur de la tâche) doit être beaucoup moins drôle que la version originale.

Partager sur : Twitter Facebook
Photo Elizabeth Lepage-Boily

Mes dernières critiques

Site conçu et développé par Logo Libéo
Représentation publicitaire par Logo Moviefone
© 2016 Média Happy Geeks inc. Tous droits réservés.