Affiche du film  Team America: World Police
© Paramount Pictures

Escouade américaine : Police du monde

Version en français
v.o.a. : Team America: World Police
25 juillet 2005

Escouade audace

Photo Par Karl Filion
Avertissement : ce film comporte des scènes de violence, de sexe et un langage vulgaire, il est donc déconseillé aux jeunes enfants. Pourtant, il contient aussi une bonne dose de subversion, de critique sociale et d'humour grinçant... il est donc conseillé à tous les autres.

Le pamphlet, parce que ç'en est bien un, des créateurs de la série-culte South Park s'articule autour d'un fil conducteur plutôt mince, mais visible quand même : une escouade formée des meilleurs éléments de leurs domaines respectifs – arts martiaux, psychologie, leadership et prévision - parcourt le monde à la recherche de dangereux terroristes. Lors d'une séquence sarcastiquement émouvante à Paris, après que l'escouade eut vaincu les méchants terroristes laissant derrière elle carnage et désolation, un des membres de l'escouade est sauvagement assassiné. Pour le remplacer, un acteur de Broadway devra infiltrer les terroriste pendant que la Fondation des Acteurs en Groupe (F.A.G.) tente d'instaurer la paix avec Kim Jong II, l'hypocrite dirigeant de la Corée du Sud qui fait diversion en demandant à Alec Baldwin de participer à sa conférence sur la paix.

Ni Trey Parker, ni Matt Stone n'ont l'habitude de se simplifier la vie, ils décident cette fois-ci avec une certaine audace, en plus d'adapter un scénario complètement débridé, d'animer des marionnettes. Ce brillant exercice atteint son paroxysme à chaque plan général, voir des dizaines de marionnettes prendre vie devant nous est émouvant presque à chaque fois, d'autant plus qu'elles sont riches en couleurs et en détails et que leurs mouvements sont uniques. Un autre point positif de cette animation complètement loufoque est son manque total de règles, comme s'il était impossible de passer à travers le livre entier du Kamasutra avec des marionnettes, comme s'il était impossible de jouer émotionnellement avec elles – la performance des acteurs est unique, du jamais-vu dans l'histoire – comme s'il ne fallait pour séduire le public qu'une imagination sans bornes et du culot, beaucoup de culot.

Dans son sujet autant que dans son traitement, Escouade américaine marque des points. D'abord parce que les deux créateurs ridiculisent absolument tout ce qu'ils peuvent : les interventions militaires plus souvent qu'autrement irréfléchies, les dirigeants et les terroristes fanatiques, les acteurs prétentieux, mais sans négliger le patriotisme inconsidéré. En fait, si les auteurs renient l'interventionnisme américain, ils « explosent » littéralement Michael Moore et son fanatisme, et cela fait sourire, c'est immanquable. Il faut faire preuve d'une grande sagesse pour ridiculiser également les deux côtés d'une médaille.

Que dire de la musique? Toute aussi débridée que le reste, absurde à souhait, efficace, toute indiquée, agréable, la bande originale enchaîne des chansons de Parker et Stone, dont la plus mémorable reste « Pearl Harbor Sucked And I Miss You » - un grand moment de cinéma, parce que la magie opère. Cette magie indescriptible est toute aussi efficace quand, par exemple, Hans Blix de l'ONU se fait dévorer par des requins, ou quand la transformation de l'acteur de Broadway en terroriste s'avère ratée – et le mot est faible. À cause de son implication politique, chacun des gags fait rire et réfléchir, c'est une qualité rare, qui ne va pas sans rappeler Dr. Strangelove, de Kubrick, dans cette portée sociale que le film prend. Il faut le voir.

Il faudra avouer que, contrairement à l'escouade américaine, Trey Parker et Matt Stone, eux, visent juste, un coup de maître dans un paysage cinématographique tari, et qui avait franchement besoin d'un bon coup de pied au cul. À l'instar de leur escouade, Parker et Stone, s'ils poursuivent sur cette lancée, risquent bien de tout détruire du paysage.
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Photo Karl Filion

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