Affiche du film  Entre les tombes
© Les Films Séville

Entre les tombes

Version en français
v.o.a. : A Walk Among the Tombstones
19 septembre 2014

Un alcoolique sous la pluie

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Ce n'est pas ici qu'on révolutionnera la roue... Avant même de voir le film, on se doutait bien qu'il n'y aurait rien de bien avant-gardiste dans A Walk Among the Tombstones, mais nous espérions quand même légèrement plus d'audace (peut-être étions-nous trop optimistes...). Le long métrage de Scott Frank en est un parmi tant d'autres, une énième production sans âme qui s'inspire d'un héros de roman policier pour construire une intrigue cinématographiquement décousue.

Depuis Taken, on donne à Liam Neeson le même genre de rôle de dur à cuire. Ce n'est pas que l'acteur n'est pas convaincant, c'est qu'il n'a pas beaucoup de nuances. Hollywood ne lui permet pas, certes, de se diversifier en lui offrant continuellement des alter ego du même acabit, mais le comédien les accepte, et donc, contribue à la déception générale et à sa réputation d'acteur unidirectionnel. Les autres comédiens de la production n'impressionnent pas non plus. Oui, les méchants donnent la chair de poule quand ils aiguisent leurs haches et leurs couteaux et quand ils martyrisent leurs victimes innocentes, mais rien encore pour renouveler le genre.

L'esthétique lourde, sombre et ténébreuse du film noir - versant visuellement vers le western moderne - s'avère ici plutôt réussie, mais elle n'excuse pas, elle non plus, l'abrutissement de l'ensemble. Les jeux de lumière, la coupe des plans, les couleurs froides, tout semble avoir été pesé et judicieusement orchestré pour consolider l'intensité dramatique. La qualité de la réalisation et de la direction photo reste probablement le plus grand accomplissement de A Walk Among the Tombstones. Malheureusement pour eux (et pour nous du même coup), les gens se déplacent rarement dans les salles pour voir de belles images et une esthétique cinématographique cohérente. C'est l'histoire qui intéresse les gens, c'est le contenu narratif, et non pas la démarche artistique. Seulement ici, le récit n'épate pas autant que la forme.

Par contre, dès qu'on prend conscience des limites scénaristiques de l'oeuvre, on ne peut qu'avouer que l'intrigue - qui tourne autour d'un ancien policier à la retraite qui agit maintenant à son compte et utilise des méthodes controversées (comme le font la plupart des héros de ce genre de production)  - fonctionne généralement bien. Le protagoniste est assez mystérieux pour conserver l'intérêt du spectateur et l'amertume que l'on développe pour les criminels nous entraîne à espérer leur perte avec suffisamment de vigueur pour nous maintenir en haleine. Peut-être que si les victimes n'étaient pas déjà toutes décédées (ou presque) au moment où se déroule l'action, notre attachement serait plus grand et notre intérêt aussi...

L'idée de positionner l'histoire en 1999, à l'aube du fameux « bogue de l'an 2000 », en était une intéressante, considérant que le détective aux manières rustres refuse toutes technologies, mais le concept n'a pas été poussé jusqu'au bout et il devient rapidement stérile. Tout l'aspect impliquant le jeune orphelin sans-abris manque aussi de substance pour être efficace. Encore une fois, l'idée n'était pas mauvaise, mais elle n'a pas été exploitée adéquatement et tombe vite à plat. Le film aurait très bien pu se dérouler de nos jours et ne pas mettre en scène ce jeune clochard et le résultat n'en aurait pas souffert (même peut-être aurait-il pu en tirer profit).

A Walk Among the Tombstones est un mélange de bonnes idées et de mauvaises. Les bonnes permettent aux mauvaises d'être plus vite oubliées, mais elles ne sont pas suffisamment présentes en genre et en nombre pour qu'on qualifie le film d'une réussite. Nous avons à faire ici à un suspense policier parmi tant d'autres qui n'a pas le panache d'un film noir comme Drive ou d'un Black Dahlia.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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