Affiche du film  Endorphine
© Les Films Séville

Endorphine

Version originale en français
20 janvier 2016

De l'autre côté du miroir

Photo Par Martin Gignac

Découvrir David Lynch est un choc pour n'importe qui. En l'espace de quelques-uns de ses films comme Lost Highway et Mulholland Drive, on a accès à une forme différente de cinéma qui fait appel aux rêves, aux pulsions et à la psychanalyse.

C'est cet art unique en son genre que tente de s'approprier André Turpin, l'illustre directeur photo québécois (entre autres de Mommy et de Incendies) qui se tourne vers la réalisation pour la première fois depuis son acclamé Un crabe dans la tête en 2001. Endorphine semble s'abreuver aux mêmes eaux du mystère et de l'incompréhensible. L'héroïne Simone est interprétée par trois actrices d'âges différents, il y a une mort traumatisante, une rupture avec la réalité, des détours tortueux avec la chronologie et plus encore.

Sauter dans le vide de l'interprétation peut être tentant, surtout que la Belle Province n'est pas habituée à produire des oeuvres qui sortent autant de l'ordinaire (il y a eu l'incompris Possible Worlds de Robert Lepage, mais cela remonte à loin). Il faudrait pourtant se retenir, parce que le long métrage ne résiste pas longtemps à l'analyse. La trame narrative qui aurait pu être si simple se veut volontairement complexe et hermétique, prenant un malin plaisir à fourvoyer la logique. La mécanique est lourde, trop explicative et didactique, n'exploitant que partiellement son immense potentiel. Dans un genre similaire, les cauchemars de Philippe Grandrieux (Sombre, La vie nouvelle) s'avèrent plus recommandables, car eux ils sont authentiques, coulant de source au lieu d'être préfabriqués pour épater la galerie.

Voir l'essai avec les sentiments du coeur au lieu de la raison du cerveau n'est pas plus concluant. Bien interprétés par de solides comédiennes comme Sophie Nélisse et Mylène Mackay, les individus n'en demeurent pas moins peu approfondis. Ils ne révèlent aucun réel mystère, s'avérant rapidement lisses et sans relief. La réflexion sur le temps, la mémoire et la nécessité de cicatriser les plaies de traumatismes comme chez Resnais manque de finition et tourne rapidement à vide, tout comme ces hommages déguisés aux Inception et Interstellar de Christopher Nolan où un décès hante notre personnage principal.

L'émotion ne passe tout simplement pas, ankylosée par une mise en scène froide et clinique qui est, sur un simple plan technique, exceptionnelle. La composition des plans et des cadrages fascine et hypnotise. Esthétiquement, il y a des carrés et des rectangles partout, forçant le spectateur à "sortir de la case" pour mieux saisir ce qui se passe. Turpin s'amuse d'ailleurs comme un petit fou, multipliant les emprunts à des chefs-d'oeuvre comme Persona de Bergman et Rear Window d'Hitchcock avec ses fantaisies de cinéphile sans que cela n'apporte quoi que ce soit au récit en place.

Endorphine est le type de film que l'on veut aimer tant il est différent et rafraîchissant dans notre cinématographie. Un souhait qui est plus facile à dire et à écrire qu'à endosser totalement. Autant il est ambitieux et riche formellement, autant sa propension à se prendre au sérieux pour des riens évoque le procédé précieux et prétentieux. Comme exercice de style, il s'est déjà fait moins laborieux.

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Photo Martin Gignac

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