Affiche du film  Elvis Gratton XXX : La vengeance d'Elvis Wong
© Les Films Séville

Elvis Gratton XXX : La vengeance d'Elvis Wong

Version originale en français
20 juillet 2005

Je me souviens... moi aussi

Photo Par Karl Filion
Après une suite franchement inutile, terriblement ennuyante, ce retour d'Elvis Gratton rappelle la verve et la subversion du premier film...ce n'est pas trop tôt!

Lors de la création de notre héros québécois national par Pierre Falardeau, en 1975, le regard cynique posé sur le Canada et le mouvement séparatiste parvenait à faire sourire, et si, pour certains, le film a passé pour une comédie, pour d'autres, il s'agissait d'un essai politique écrit au vitriol, ma foi très bien écrit, qui n'a laissé personne indifférent. Le deuxième film, lui, a plutôt l'air d'une comédie pure et simple, et, il faut bien se l'avouer, un peu banale, et dont le succès commercial n'a même pas égalé la rigueur du premier film.

Heureusement, Julien Poulain et Pierre Falardeau refont équipe dans ce troisième film, Elvis Gratton XXX : La vengence d'Elvis Wong, et je crois sincèrement que le film s'avérera, à travers le temps, le meilleur des trois.

C'est vieillit et grossit que nous retrouvons Elvis Gratton, propriétaire d'une compagnie d'épuration des égouts et superstar internationale. Il décide d'accepter l'offre de son bon ami Jean Chrétien et de prendre le contrôle de la télévision d'État et de nombreux journaux, ainsi que plusieurs stations de radio. À partir de là, diverses péripéties s'enchaînent adéquatement, sans plus, mais dans ce genre de film, un vrai film d' « auteuse », quoi qu'en en dise, c'est vraiment secondaire, parce qu'après quelques séquences plus ou moins appropriées, la véritable critique commence, et Pierre Falardeau s'en donne à cœur-joie à coup de 2x4 dans absolument tout, les télés-réalité, les chanteuses pré-faites, la météo « d'un océan à l'autre » et la désinformation, ou la « déformation » si vous voulez. À travers ses personnages, Falardeau se permet une virulente critique incessante, grasse, sale, insatiable, et il prend un malin plaisir à ridiculiser le Canada (en affichant une magnifique carte du Canada sur un mur, par exemple).

Bien sûr, il faut apprécier l'humour subtil et l'intellectualisme renommé de Pierre Falardeau, sa propension au respect des conventions, au respect tout court, au langage académique, Falardeau est un puriste, mais il est primordial d'apprécier un certain sarcasme, un cynisme unique, mature et expérimenté, bien cerné et magnifiquement exprimé.

Cinématographiquement, sans être un coup de maître, le film parvient à conserver un intérêt soutenu et, malgré quelques longueurs, demeure vif et concis. La réalisation est soignée, méticuleuse, et elle démontre un savoir-faire très intéressant, qui n'est plus à prouver, d'un réalisateur d'autant plus engagé qu'il sait comment s'y prendre pour faire passer son message.

Dire qu'Elvis Gratton est un film vulgaire serait trop prosaïque pour Pierre Falardeau, qui nous habitue de plus en plus à des films intelligents, travaillant sur et entre les lignes, et le temps et la pratique lui ont permis d'offrir un produit d'une très grande qualité.
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Photo Karl Filion

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