Affiche du film  Elvis & Nixon
© Remstar

Elvis et Nixon

Version en français
v.o.a. : Elvis & Nixon
27 avril 2016

Deux poids, deux mesures

Photo Par Martin Gignac

Elvis Presley et Richard Nixon sont deux des figures les plus emblématiques du 20e siècle. Normal qu'on ait choisi deux des meilleurs acteurs de leur époque en Michael Shannon et Kevin Spacey pour les incarner. Ces excellents interprètes n'ont pas seulement en commun d'avoir campé l'adversaire de Superman. Ils sont également réputés pour plonger corps et âme dans la peau de leurs personnages.

Michael Shannon s'amuse d'ailleurs comme un fou en King névrosé, paranoïaque et adepte d'armes à feu qui veut devenir un agent infiltré pour sauver la jeunesse américaine. Le comédien force la note et il n'est pas toujours juste, mais cela n'enlève rien à son énergie féroce et communicative. Face à lui se dresse un Kevin Spacey encore plus caricatural que le Anthony Hopkins du Nixon d'Oliver Stone, secouant les épaules en multipliant les grimaces irrésistibles. Le voilà à jouer avec une grande économie de moyens dans un registre qui se trouve aux antipodes de son travail dans la populaire série House of Cards.

Cette rencontre au sommet qui est survenue le 21 décembre 1970 devrait constituer l'unique raison de ce projet. Une joute physique et verbale peuplée de fous rires et d'allusions sardoniques, de clins d'oeil pas piqués des vers et de situations cinglées. Dommage que le tout arrive seulement dans le dernier tiers du récit. S'y consacrer entièrement aurait fait un excellent moyen métrage ou une variation ludique sur le Frost/Nixon de Ron Howard. On imagine déjà le huis clos exemplaire qui aurait pu en sortir. Un digne héritier du Secret Honor de Robert Altman qui demeure, encore aujourd'hui, la référence cinématographique absolue sur Nixon.

Au lieu de cela, il faut se farcir un trop long préambule qui est presque entièrement concentré sur le mythique chanteur. Son quotidien édulcoré y passe, tout comme sa relation avec le vedettariat et ses amitiés. Notamment avec un jeune collaborateur (campé par Alex Pettyfer) qui ne pense qu'à son amoureuse qu'il va bientôt demander en mariage et patati et patata. Bien que le film s'intitule Elvis & Nixon, le scénario semble faire l'impossible pour s'intéresser à tout sauf à son passionnant sujet. Cruelle ironie d'y retrouver le fade Alex Pettyfer, dont le destin familial et émotionnel sans intérêt venait également à un cheveu de faire dérailler Magic Mike.

L'esprit de Steven Soderbergh plane sur la mise en scène, surtout de l'époque Out of Sight. La réalisation purement décorative ne fait que reprendre l'esthétisme du début des années 70 - rythme nerveux, montage saccadé, musique entraînante - sans jamais la transcender ou y apporter une quelconque personnalité. Liza Johnson n'est pas une mauvaise cinéaste (son Return qui mettait déjà en vedette Michael Shannon était très solide, plus que Hateship, Loveship où elle tentait de montrer Kristen Wiig sous un angle plus sérieux), elle a cependant besoin de croire davantage en ses moyens et de s'affirmer.

Elle donne un ton comique au long métrage qui n'est pas toujours le bon. On n'a pas affaire ici à une satire décapante comme le jouissif Dick où Kirsten Dunst brillait de mille feux, mais à un objet amusant à ses heures qui se veut généralement inoffensif. L'humour ne fonctionne guère avant la rencontre entre les deux icônes et les situations anecdotiques ne sont pas suffisamment exploitées. Oui c'est drôle de voir Elvis Presley frayer avec des membres du Black Panther ou de supplier pour un insigne à un haut fonctionnaire. Il faut cependant plus qu'une bonne idée pour concrétiser un gag qui se tient.

En s'inspirant d'un fait divers, Elvis & Nixon aurait dû jouer à fond sa carte fictive au lieu de tenter de coller au plus près de la réalité. Personne n'était dans le bureau lorsqu'ils se sont rencontrés et peu de gens se rappellent du pourtant si divertissant Elvis Meets Nixon qu'Allan Arkush a réalisé en 1997. Alors on pousse la machine complètement et advienne que pourra. Ce qu'on retrouve seulement dans la dernière ligne droite du film et au sein des performances colorées de Michael Shannon et de Kevin Spacey.

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Photo Martin Gignac

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