Affiche américaine du film Elektra
© Twentieth Century Fox

Élektra

Version en français
v.o.a. : Elektra
26 juillet 2005

Court-circuit

Photo Par Karl Filion
Élektra est un film bien maladroit. Si les clichés étaient prévisibles, leur abondance déconcerte certainement, tandis que la tension, malgré tous les efforts déployés, n'arrive jamais à s'installer correctement. Comme s'il manquait une connexion au menu, et pas la moindre, celle entre le public et le film.

Il est de plus en plus difficile de croire que, à l'ère où le public semble avoir tout vu, tout entendu, que quelqu'un, quelque part, pendant la production d'Élektra, n'a pu deviner l'échec lamentable que le film subira. Comme si les grands studios croyaient encore que le public est achetable, à coup de marketing bien placé et de jolie fille peu vêtue.

Il va sans dire que le fil qui maintient Élektra en vie est bien mince, d'autant qu'il n'y a aucune mise en contexte. Le réalisateur, qui calque ses plans sur ceux des autres, lorsqu'il ne filme pas la féminité de Jennifer Garner, n'a même pas tenté d'expliquer la provenance des pouvoirs surréels des pugilistes, ni n'est parvenu à les rendre crédibles. La panoplie d'assasins présentés est certes impressionnante, mais leur manque de profondeur devient une faiblesse impardonnable. La profondeur n'est pas essentielle dans une adaptation de comic book, surtout lorsque les séquences de combat fascinent, mais elle permet de diminuer l'impact de banales erreurs de logique, d'un jeu d'acteur trop peu nuancé et d'un scénario cruellement prévisible. Et c'est là le lot d'Élektra, comme s'il fallait le préciser.

Il y a un piège intemporel dans les films d'action et de super-héroïnes comme Élektra, c'est de tomber dans la caricature. Lorsque tout l'effort est mis sur le visuel, au dépend de la logique – je pense à cette scène où l'on convoque un conseil entier (au moins douze personnes) pour prendre une décision importante, et qu'il n'est même pas consulté – c'est malheureusement prendre le spectateur pour un idiot et tenter de lui faire gober, et mal assaisonnée en plus, une parodie avariée. D'autant que rien ne distingue Élektra de ses collègues super-héros, sinon ses formes qu'on exploite ici avec bien peu de subtilité et de sagesse. On y retrouve les même motivations rédemptrices et les mêmes combats répétitifs et lassants des ses prédécesseurs. Élektra n'a ni personnalité, ni bon goût, et ses expérimentations avec les flash-back incohérents serviraient mieux l'humanité dans une mise en garde contre les effets néfastes de l'acide.

Aucun des acteurs ne mérite de mention, même Garner n'est pas convaincante dans un rôle minimaliste, plus occupée à courir dans les bois qu'à combattre. Les phrases grandiloquentes accentuent même le ridicule de certaines séquences, ajoutant à ce mets fade et sans éclat une épice de romantisme inexplicable, irrationnelle et maladroite. Sans négliger l'effet regrettable de ce manque de conviction contagieux, un marasme funeste, encouragé par la rareté d'innovation dans le développement du scénario, qui devient très vite une suite prévisible de combats réutilisés. Si Élektra peut voir l'avenir, nous aussi, et ce n'est pas à son avantage.

En souhaitant que l'on ferme la lumière le plus vite possible sur ce film, mais avec l'espérance stoïque qu'un court-circuit s'en chargera. Élektra fait partie de cette catégorie de films qu'il faut prendre philosophiquement en se disant « ç'aurait pu être pire », et dont il ne faut plus rien espérer une fois digéré.
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Photo Karl Filion

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