Affiche du film  Duo à trois
© Warner Bros. Canada

Duo à trois

Version en français
v.o.a. : Something Borrowed
6 mai 2011

Je t'aime moi non plus

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Même si Duo à trois est peut-être la meilleure comédie romantique tirant dangereusement sur l'étude sociologique et interpersonnelle qu'Hollywood a produite depuis longtemps, il reste que ce genre cinématographique - soit la comédie sentimentale - possède ses propres barèmes, ses propres règles, et lorsqu'on tente d'y attacher un aspect philosophique, des valeurs profondes et des débats moraux, on esquive presque systématiquement sa cible. Quand on produit des films de ce type - ou de n'importe quel type à vrai dire - la clé du succès est souvent de l'assumer. Si on veut introduire dans son long métrage des séquences émotives sous la pluie, un bouquet de roses fanées pour exprimer la mélancolie du personnage principal ou juxtaposer des images de flashbacks pour rappeler les bons moments qu'ont vécus certains des protagonistes, on peut le faire sans problème, mais il est préférable de ne pas tenter simultanément de soulever une réflexion sur l'estime personnelle et l'infidélité; les effets des deux avenues (émouvoir et confronter) s'annulent aussitôt - ou sont considérablement diminués.

Le débat central n'est pourtant pas inintéressant; « même les gens bien peuvent mal se conduire » est une réalité acceptable et pourtant facilement répréhensible qu'il nous serait favorable d'analyser à un niveau personnel et même social (mais, sans aucun doute, à un autre moment). De plus, la comédie romantique ne dure normalement pas plus de 90 minutes alors que Duo à trois augmente ses ambitions jusqu'à de dangereuses 113 minutes. Le long métrage utilise généralement bien ces quelques instants supplémentaires; prenant le temps de développer les situations, d'établir les personnages et leurs relations entre eux, mais, reviens la même problématique soulevée plutôt : est-ce ce que le public recherche dans ce genre de divertissement? Souhaite-t-on attendrir les esprits poétiques ou attiser les cartésiens?

Ginnifer Goodwin porte, par contre, formidablement bien l'oeuvre sur ses épaules. Même si ce rôle de jeune femme moderne et bien élevée ne démontre probablement pas l'étendue et la diversité de son talent, l'actrice réussit tout de même à nous convaincre que l'amour qu'elle ressent pour son ancien collègue de classe - qui est, lui, incarné par un comédien à l'aisance discutable - est pur et vrai. Kate Hudson de son côté, habituée, voire spécialiste de la comédie romantique, livre une performance respectable, crédible, mais sans plus. Peut-être que certaines nuances dans son jeu ou une meilleure chimie avec son fiancé à l'écran auraient aidé sa cause.

Duo à trois
n'est pas une oeuvre ennuyeuse ou vide, elle n'entre pas dans la catégorie des « productions sentimentales insipides et invraisemblables » qui bombardent nonchalamment nos écrans et réussit à contourner certaines formalités du genre, mais toutes ces choses, qui sont normalement des qualités, deviennent rapidement des problèmes. Jamais on ne s'assume complètement dans une direction; on voudrait nous faire pleurer à un moment, nous déstabiliser à un autre, nous faire rire ensuite pour enfin nous amener à considérer l'impact de nos rapports humains. C'est un canevas plutôt complexe pour un film qui nous a été présenté comme une simple histoire d'amour sur fond de musique populaire. La leçon à tirer de Duo à trois se révèle être son plus grand défaut; acceptez ce que vous êtes, ne tentez pas d'en faire trop, le résultat vous déplairait.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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