Affiche du film Funny Games
© Les Films Séville

Drôles de jeux

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a. : Funny Games
13 mars 2008

Voir le mal et puis mourir ou : Les faux espoirs

Photo Par Karl Filion
Dans cette tradition nouvelle d'ultraviolence qui donne naissance à des phénomènes comme Décadence et autres copies, Funny Games s'inscrit comme le plus original film du groupe, même s'il est le remake plan par plan d'un film autrichien réalisé en 1997. Parce que le film examine autant le public que les personnages dans leur rapport à la violence, le sadisme pur, impersonnel et déshumanisé, dans ce qui s'avère être l'expérience cinématographique la plus déstabilisante depuis des années.

George et Ann Farber se rendent à leur maison de campagne pour passer quelques jours en famille avec leur fils Georgie et faire du voilier. Mais deux jeunes voisins venus emprunter des oeufs vont s'introduire dans leur demeure et les séquestrer toute la nuit, en jouant de petits jeux pas drôles du tout afin de les humilier.

En refaisant son propre film, Haneke voulait rejoindre un auditoire plus large. L'idée est tout à fait justifiée, puisque les plans-séquences de Funny Games atteignent toute leur puissance innée à travers la perfection plastique des lieux, de la lumière et des acteurs, tous excellents. L'exigence américaine aura voulu que pour que le film soit vu, il soit en anglais et bourré de vedettes, grand bien lui fasse. Naomi Watts brille, particulièrement dans d'incongrus moments d'amour avec Tim Roth, tout aussi convaincant. Dans le rôle des deux nihilistes sadiques, Michael Pitt et Brady Corbet rappellent Alex d'Orange mécanique, interprété admirablement par Malcolm McDowell. Et Michael Pitt - le dira-t-on? - en est ici tout à fait digne.

Dommage que les personnages, diminués physiquement, refusent d'amorcer une guerre psychologique qui aurait pu être gagnée (ou est-ce ici cette infatigable sympathie pour les personnages qui se manifeste encore inconsidérément?). Dès que les « bons » refusent de jouer avec les deux « méchants », leur destin est scellé. Et Haneke, bien conscient de ces mécanismes de sympathie, prend un diabolique plaisir à jouer avec les émotions du spectateur, à le manipuler sans vergogne ni moralité. Difficile à supporter, Funny Games ébranle même les fondements de la spectature, l'état de regarder, alors que les personnages, les méchants, s'adressent à la caméra avec une intelligence rare et une efficacité dramatique accrue. La soif de violence du public a-t-elle une limite? Habituellement, on ne tue pas les enfants et les méchants paient pour leurs crimes. Mais pas ici. D'autres entorses surprenantes à l'habituelle « transparence » du cinéma viennent rendre encore plus fascinant cet exercice de style ultra-léché, bourgeois et violent.

Le Mal n'est jamais aussi terrifiant que lorsqu'il est incompréhensible, et les choix des deux jeunes tortionnaires ne sont pas justifiés émotionnellement comme on le voit habituellement dans le cinéma américain. Les explications qu'ils offrent sont risibles, amusantes, et leur attitude profondément frustrante. Haneke ne veut pas plaire au spectateur, il veut s'amuser avec lui. Il ne veut pas qu'il comprenne. Il faut jouer le jeu, bien sûr, mais c'est un bien petit sacrifice pour toute la satisfaction qu'apporte un peu de violence en fin de soirée.
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Photo Karl Filion

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