Affiche du film District 9
© Sony Pictures

District 9

Version en français
v.o.a. : District 9
14 août 2009

Avec assurance

Photo Par Karl Filion

Endossé par Peter Jackson, ce projet est l'oeuvre d'un jeune cinéaste sud-africain, Neill Blomkamp, ancien superviseur d'effets spéciaux qui allonge ici l'un de ses courts métrages au format long métrage. Ne nous en étonnons pas; ses prémisses sont l'exemple parfait d'une bonne idée, d'une superbe idée, vraiment, forte et actuelle, aux échos sociétaires graves, qui se voit transposée au grand écran avec plus ou moins de succès.

L'arrivée d'extraterrestres à Johannesburg, en Afrique du Sud, il y a près de vingt ans, a créé une véritable commotion dans la capitale. Afin d'éviter les confrontations, les autorités ont décidé d'installer les extraterrestres dans un camp de réfugiés. Plus d'1,8 million d'individus s'y entassent dans des conditions de vie atroces. La multinationale MNU est engagée afin de déplacer le camp à l'extérieur de la ville. Wikus Van De Merwe est chargé d'aviser les extraterrestres de ce déménagement.

Adoptant la forme d'un faux-documentaire, le film de Blomkamp installe avec brio le théâtre où se jouera par la suite le destin de ce Wikus Van De Merwe. Certaines images ont un écho politique puissant, particulièrement dans cette Afrique de guerres civiles et de coups d'état. On trouve donc dans la palpitante introduction de Distict 9 les prémisses d'un film engagé politiquement et d'un divertissement respectable. Pourtant, on déchante vite, bien que le talent du réalisateur et des comédiens n'y soit pour rien.

Le problème est très simple à cerner : le scénario est incohérent. Ce qui est d'abord installé comme une réalité diégétique (interne au film) est par la suite sauvagement trahi, si bien que les personnages semblent prendre de mauvaises décisions. Des décisions idiotes, chanceuses, salvatrices (« Tiens! J'ai justement une combinaison robotique tueuse sous la main... »). Comment se fait-il que cette race d'extraterrestres, qui semble surpuissante devant la faiblesse du corps humain, refuse systématiquement le combat, même sous la menace, préférant se laisser bêtement abattre? Pourquoi tenter de s'enfuir de la Terre s'il faut laisser derrière 1,8 million d'individus à la merci de l'humanité (qui aura prouvé de nombreuses fois entre-temps sa cruauté)? Que font d'ailleurs ces 1,8 million d'individus alors que la guerre fait rage autour d'eux? Pourquoi ne pas simplement tuer l'homme dont on veut couper le bras, plutôt que le lui laisser la chance de tomber par hasard sur une arme de poing? Ça fonctionne pour James Bond, mais ici...

D'autant que cinématographiquement, le film a aussi plusieurs problèmes : pourquoi une multinationale de mercenaires filmerait-elle ses hauts dirigeants discuter la mise à mort de quelqu'un? Le film, qui passe à chaque instant d'une caméra subjective à la Cloverfield à une caméra extra-diégétique (qui montre au spectateur ce qu'aucun personnage ne peut voir), n'est pas cohérent lui non plus, puisqu'on en vient à se demander d'où peuvent bien provenir ces images. La caméra subjective, c'est une boîte de Pandore, et vaut mieux la laisser bien scellée si on n'a pas l'intention d'en respecter les règles internes minimales.

Une série-B prétentieuse, donc vouée à l'échec, puisque le sérieux de certains aspects vient nuire aux aspects plus ludiques - bien trouvés - qui sont dispersées à travers le récit. Malgré cela, le film est frappé de longueurs, de répétitions et d'incohérences. Cela gâche une bonne partie du plaisir de voir des hommes exploser en grande quantité.

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Photo Karl Filion

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