Affiche du film  Disparue
© Les Films Séville

Disparue

Version en français
v.o.a. : Gone
24 février 2012

Contenant vs. contenu

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Gone ne s'avère pas l'échec escompté. L'action est bien menée, l'humour noir (quoique pas suffisamment exploité) s'agence adéquatement avec l'intrigue sordide et la tension est palpable jusqu'à la finale, malheureusement trop facile. Le contenant est, en fait, généralement assez efficace, c'est au niveau de l'histoire, de la construction narrative que le bât blesse. Le portrait que l'on nous brosse de cette jeune femme aux tendances psychotiques qui a perdu ses deux parents en l'espace de quelques mois et qui a été internée contre son gré dans une institution psychiatrique après avoir été enlevée par un tueur en série qui l'a jetée dans un trou au coeur d'une immense forêt est difficile à croire, trop spécifique, trop circonstancié. La personnalité borderline de la protagoniste apporte par contre certains points positifs au développement du récit; les nombreux mensonges qu'elle élabore instinctivement en rencontrant ses adjuvants et le pistolet qu'elle trimbale constamment avec elle, toujours prête à tirer, apportent une dimension profitable à l'histoire.

La quête de l'héroïne pour tenter de retrouver sa soeur qui a, selon elle, été kidnappée par le même tortionnaire qui l'a séquestrée il y a quelques années frôle également le ridicule. Chacun des personnages qui croise sa route dispose d'un indice essentiel à la résolution de l'énigme - le propriétaire de la quincaillerie connaît l'adresse du truand, un jeune homme sur son skateboard sait son nom et, comble de l'ironie, sa meilleure amie a son numéro de téléphone. Chacun des éléments de l'histoire est placé de manière réfléchie, et ça, le spectateur le ressent. Ce n'est même plus le hasard qui vient en aide à la protagoniste, c'est une syntaxe, un canevas qui prend sa source à l'extérieur de la narration, dans le médium cinématographique. Et lorsqu'on présente aux spectateurs une intrigue trop calculée pour paraître réelle, voire possible, ils décrochent irrémédiablement.

Si ce n'était pas d'un scénario aussi saugrenu, le film aurait peut-être pu se révéler une oeuvre de qualité puisqu'on y retrouve la plupart des éléments d'un bon suspense; une trame sonore inquiétante, une tension omniprésente (surtout lorsqu'elle s'aventure seule dans le bois en pleine nuit) et une réalisation fort compétente. La caméra nerveuse de Heitor Dhalia ajoute à l'angoisse de l'histoire et donne un caractère particulier à une production qui aurait bien pu s'apparenter à toutes les autres du même genre. Le long métrage bénéficie également du talent d'Amanda Seyfried qui parvient à dévoiler plusieurs facettes de la personnalité de son personnage de manière à la rendre attachante malgré ses obsessions.

Même si les quelques extraits et bandes-annonces annonçaient une oeuvre simpliste et un sujet maintes fois exploité et dépassé, Gone réussit à surprendre, notamment grâce à la qualité de son emballage. Les dialogues, les situations et le comportement des différents personnages laissent à désirer, mais le malaise que le réalisateur brésilien parvient à créer et le jeu bigarré de l'actrice principale nous permettent de ne pas critiquer trop sévèrement les choix scénaristiques discutables.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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