Affiche du film  Dérapages
© Alliance Vivafilm

Dérapages

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Driving to the Edge
24 avril 2012

La vitesse tue

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Il est assez difficile de juger un documentaire d'une manière purement intellectuelle, sans se laisser influencer par la portée et la gravité du sujet qu'il expose. Dérapages parle des habitudes de conduite des jeunes automobilistes et des accidents qu'ils causent en se croyant invincibles. Certaines de ces histoires sont troublantes - il est impossible de rester de glace face à cette jeune mère qui a perdu sa fille de trois ans, happée mortellement par un chauffard inconscient de 18 ans - mais le plus important, c'est qu'elles sont habilement racontées, sans trop d'artifice. Évidemment, on nous montre des images troublantes de corps accidentés et de funérailles déchirantes - on s'aventure même parfois vers la reconstitution -, mais rien ne semble avoir été ajouté outre mesure pour nourrir une forme perverse de sensationnalisme, comme s'est parfois le cas dans ce genre de document.

Le film interpelle les conducteurs de tous âges, mais s'adresse principalement au public qu'il dépeint, soit les jeunes adultes, friands d'émotions fortes et de poussées d'adrénaline. De ce fait, Paul Arcand se devait de trouver un langage adéquat à des adolescents, à peine ébranlés par les publicités, pourtant choquantes, de la SAAQ. La musique forte et actuelle, les effets visuels accrocheurs, le montage souvent épileptique et le lexique familier permettent aux jeunes de se reconnaître ou d'être indirectement interpellés par les propos du film. On sent que la censure n'était pas une option pour le réalisateur, comme c'est d'ailleurs rarement le cas dans la majorité de ses oeuvres (Les voleurs d'enfance, par exemple, avait la même dure lucidité). Même si certains commentaires sont aberrants pour un esprit adulte - comme un jeune homme qui se vante d'aller à plus de 200 km/h avec sa voiture, qu'il est conscient que c'est con, mais qu'il a la ferme intention de recommencer pour l’excitation que ça lui apporte -, Arcand les a laissés tels quels dans son film, prouvant ainsi à la fois l'inconscience de ses sujets et leur troublante lucidité.

Il est aussi très intéressant que le cinéaste ait décidé de présenter certaines images d'arrestation et d'autres, prises à la sortie des bars. De nous permettre de voir des jeunes qui n'ont pas fait d'accidents parce qu'ils ont été arrêtés à temps ou des parents qui se déplacent à trois heures du matin pour venir chercher leur progéniture et ses copains sont des points de vue essentiels à la compréhension et à l'objectivité de la matière étudiée. L'établissement de certaines statistiques et faits divers (comme les lois internationales sur la conduite des jeunes; couvre-feux, cours obligatoires, permis temporaires, etc.) contribuent également à l'intégrité du long métrage.

À la hauteur de sa réputation, Paul Arcand nous livre un témoignage poignant et soigneusement réalisé pour éveiller la curiosité de son public-cible et conserver son attention; un défi de taille déjà, pour un documentaire. Quelques mièvreries, des passages plus « mélos » et des répétitions inutiles laissent peut-être une ombre au tableau, mais on les oublie rapidement face à tant de récits percutants et bien menés. Malgré ce que certains idéalistes en penseront, Dérapages ne parviendra pas à diminuer le nombre d'accidents de la route causés par des jeunes saouls et cons, parce que rien – mis à part la maturité, que l'on acquiert avec l'âge - ne sera jamais assez fort pour faire diminuer l'appétit de sensations fortes des conducteurs juvéniles. Par contre, si le long métrage fait réfléchir un ou deux de ces pilotes inexpérimentés et les empêche de conduire en état d'ébriété un soir et ainsi L'accident, il aura triomphé sur toute la ligne.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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