Affiche du film Délivrez-moi
© Les Films TVA

Délivrez-moi

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Délivrez-moi
10 mai 2006

Les prisonnières

Photo Par Karl Filion
La force du scénario et la vision du réalisateur s'ajoutent aux trois actrices exceptionnelles qui portent Délivrez-moi.

Denis Chouinard marque son retour, cinq ans après L'ange de goudron, avec un film apparemment mûri et entièrement assumé. Il s'associe avec Monique Proulx pour écrire le scénario de son film, une histoire efficace qui porte la marque de son auteur.

Car s'il parlait, dans son précédent film, des difficultés d'intégration d'une famille d'immigrants, il parle dans celui-ci des difficultés de réintégration, de réinsertion sociale. Et heureusement qu'il met de côté les difficultés habituelles d'emploi et de logement pour se concentrer sur des enjeux plus familiaux. Il parle aussi du même affranchissement familial que dans son dernier film, à la différence que l'examen est ici post-dramatique.

Vrai que la trame narrative réclame de la part du spectateur une implication importante. Parce qu'on cherchera inévitablement à dénouer les films de l'intrigue... non, plutôt à découvrir la vérité, savoir ce qui se cache derrière cette histoire tragique. Aussi à comprendre ce ressentiment si habilement décrit. Aussi à accepter la fatalité que, en prison ou pas, on est toujours soumis à quelqu'un, quelque chose, quelque part. Le passé, une grand-mère, un copain, une travailleuse sociale. Et au fond, ce n'est pas beaucoup mieux qu'une gardienne de prison.

Le film ne tarde pas à entrer directement dans l'action, mais demeure captivant jusqu'à la fin. On ne parle pas ici d'explosions ou de meurtre, mais bien de développement psychologique des personnages, crédible d'autant.

Et ces scènes de sexe, de violence et de voisinage - tout de même peu nombreuses - ne sont que de l'embellissement, des enluminures, de la chair autour de l'os qui est immanquablement dur à avaler, parce que c'est dur de se faire dire qu'on n'est jamais vraiment libre, témoigne ce fabuleux et complet personnage d'Annie.

La confrontation entre les trois actrices principales est évidemment la moelle épinière de Délivrez-moi. Céline Bonnier donne une réplique plus que convaincante à Geneviève Bujold et à Juliette Gosselin, particulièrement juste dans un rôle ambivalent, hésitant, d'adolescente. Et l'opposition entre les deux milieux de sa mère et de sa grand-mère donne à la jeune fille la chance de vivre sur deux tons d'émotion, de les partager avec une belle crédibilité. Et Denis Chouinard a la sagesse de ne pas imposer son émotion, il choisit plutôt de la laisser agir et prend son temps pour l'installer.

Les autres acteurs, Pierre-Luc Brillant, Danielle Fichaud et Patrice Robitaille, supportent avec une grande efficacité le trio d'actrices.

Délivrez-moi est donc un film d'auteur qui met en scènes trois excellentes actrices dans un contexte exploré avec complétude. On est en prison partout, ne serait-ce qu'avec ses remords. Sauf que le film de Chouinard est un film libéré. Des contraintes habituelles, des exigences traditionnelles, il s'affranchit de tout cela parce qu'il ne tente pas de juger. C'est une expérience de cinéma d'autant plus convaincante pour cela.
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Photo Karl Filion

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