Affiche du film  Dansez dans les rues 4
© Les Films Séville

Dansez dans les rues 4

Version en français
v.o.a. : Step Up Revolution
25 juillet 2012

L'art contestataire

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

On dira qu'un scénario bien ficelé et intelligent n'est pas ce qu'on recherche lorsqu'on va voir un film comme Step Up Revolution; peut-être, mais il y a tout de même des limites à l'impertinence et à l'abrutissement d'un scénario. Le quatrième opus de cette franchise fort populaire au Québec réunit tous les clichés du genre (la ballerine riche et talentueuse et le bad boy des quartiers défavorisés qui sont victimes d'un coup de foudre dévastateur, les morales à la « Aie confiance en toi » et « Brise les règles » ainsi les personnages secondaires éclatés fidèles à l'excès au héros et à ces principes) et en forge même de nouvelles, au grand désespoir des critiques et des gens de plus de douze ans qui ont vu plus de deux films dans leur vie. Je suis peut-être de mauvaise foi, mais ce genre de brouillon produit à coup de millions me rend de plus en plus pessimiste.

L'hypothèse de départ n'était pourtant pas complètement absurde; de faire de la danse un moyen de révolution, un tremplin à la manifestation, donnait un nouveau souffle à la série de films commerciaux. Malheureusement, le fondement du soulèvement - contre l'industrialisation et la souveraineté des grandes entreprises - devient rapidement obsolète et risible, surtout lorsqu'on sait qu'il se termine par la signature d'un contrat avec Nike. L'idée d'exploiter le « flash mob » - ces gens qui se réunissent dans des endroits publics et exécutent des chorégraphies au grand dam d'une foule ébahie - en était aussi une particulièrement astucieuse. Sortir du cadre des danseurs qui désirent plus que tous entrer dans des écoles prestigieuses promettait une dose de fraîcheur bienvenue. Seulement, c'était ici encore un leurre. Step Up Revolution utilise les mêmes balises que ses prédécesseurs (plutôt que d'être une école, c'est un stage qui amènerait ultimement à une troupe) tout en parsemant, assez maladroitement, le tout de quelques chorégraphies façon « flash mob ». C'est probablement d'ailleurs la seule chose un peu intéressante au sein de l'oeuvre; les scènes de danse sont colorées, bien exécutées et originales, mais (parce qu'il y a là aussi un mais) trop souvent filmées en plan rapproché ce qui nous empêche d'apprécier l'ensemble de la pièce.

Même si, comme le scénario, on ne se déplace pas pour admirer les performances poignantes d'acteurs étonnants lorsqu'on va voir Step Up Revolution, il reste que Kathryn McCormick (ancienne concurrente de l'émission So You Think You Can Dance) et Ryan Guzman ne possèdent pas la chimie, ni même le charisme pour tenir un film - aussi léger soit-il - sur leurs épaules. Motivés par des préceptes convenus et, finalement, fort peu incitatifs, tels que « Se battre pour ce qu'on veut vraiment » et « Suivre ses rêves malgré le jugement d'autrui », leurs personnages se noient dans cet univers mal orchestré et n'ont rien de bien louable à nous transmettre à nous, spectateurs attentifs et candides.

Même s'il en avait pourtant l'occasion, Step Up Revolution ne révolutionne absolument rien, au contraire. Il recycle de vieux stéréotypes et y ajoute des saveurs actuelles (bondées de YouTube, de Facebook, de Twitter, de Flash mob) pour tenter de nous convaincre que la franchise évolue et se perfectionne. Nous ne sommes pourtant pas bonasses, et même si on a été impressionné - disons agréablement surpris - la dernière fois par la qualité du 3D, ce qui nous a distraits de la puérilité des textes, nous sommes cette fois pleinement attentifs, et donc invariablement désenchantés.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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