Affiche du film  Dans ses yeux
© Métropole Films Distribution

Dans ses yeux

Version originale en espagnol avec sous-titres en français
v.o.esp.s.-t.a. : The Secret in Their Eyes
20 mai 2010

Mémoire fragile

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Alors que la rumeur générale conférait déjà la victoire au film Le ruban blanc ou à Un prophète (tous deux acclamés à Cannes l'année dernière) dans la catégorie du meilleur film étranger lors de la cérémonie des Oscars en février 2010, l'Académie a plutôt attribué le prix au drame Dans ses yeux de Juan José Campanella (film dont je n'avais - et je ne suis pas seule - jamais entendu parler avant cette soirée). Et pourtant, s'étant hissé discrètement jusqu'au sommet, le long métrage espagnol mérite, comme nous l'a souligné avec conviction l'Académie cet hiver, qu'on lui porte une attention particulière. Réalisé avec candeur, respect et une certaine audace, le film démontre, grâce à son habileté particulière à transmettre l'émotion et à son esthétisme, que le cinéma peut ébranler le spectateur autant que les personnages.

Benjamín Esposito, un policier à la retraite, décide de rédiger un roman sur l'une de ses affaires passées. Il ne l'a jamais oubliée. Une jeune femme, fiancée à un banquier, a été froidement violée et assassinée dans sa chambre par un homme qu'elle connaissait. Le jeune Esposito tente de découvrir qui aurait pu vouloir tuer cette femme si frêle et innocente avec l'aide de sa supérieure Irene, de laquelle il est follement amoureux.

La ligne est très mince entre amour, justice et passion; c'est du moins ce que nous dévoile ce film honnête et poignant qui s'apparente, notamment dans sa forme d'enquête dramatique, au premier volet de la série de films suédois Millénium. L'investigation d'Esposito, qui est autant morale que judicière, nous est présentée avec intelligence, cherchant à nous convaincre de la pureté des intentions de chaque individu. Les faiblesses des protagonistes - et du système juridique - sont toutes aussi importantes que celles de leurs opposants, cette absence de héros intouchable - et d'équité - concède aux spectateurs la chance de s'identifier, d'adhérer aux idéaux proposés.

La réalisation, utilisant souvent des techniques moins conventionnelles pour le drame (comme la caméra à l'épaule ou le hors-champ), ose se distancier du texte et dévoile des éléments nouveaux ou complémentaires uniquement grâce à la puissance de l'image. Les cinéastes, souvent formés au coeur de la névrose de l'industrie, ont tendance à révéler trop de détails en plan fixe, donnant ainsi tous les outils aux spectateurs pour comprendre l'issu de l'intrigue, mais également toutes les nuances des valeurs développées et leurs origines dans le récit. Campanella choisit d'utiliser sa caméra comme d'un accessoire artistique à défaut d'une vulgaire vision divine. L'on ressent autant l'expérience que l'intrépidité dans sa manière de filmer, d'entraîner le public dans son monde, son imaginaire.

Le scénario, bien qu'en somme rigoureusement articulé, s'enfonce, notamment vers la fin - lorsque le passé rejoint le présent -, dans des discours apologiques et des dénouements superflus qui affectent la rigueur du récit, si bien calibrée en première partie.

Dans ses yeux est un récit sensible et puissant qui tente de nous rappeler tous les abus et les voluptés transmises dans un simple regard. Les dialogues serrés, les images révélatrices et les personnages intenses sont toutes de pertinentes justifications au succès de ce film espagnol, mais au-delà de cet aspect théorique, une quête de vérité, de justice et d'amour, presque malsainte, motive le spectateur à réfléchir sur sa propre histoire inachevée.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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