Affiche du film  Dans la forêt
© Remstar

Dans la forêt

Version en français
v.o.a. : Into the Forest
1 juin 2016

Cocon féminin

Photo Par Martin Gignac

On ne compte plus les récits de fin du monde. Qu'il s'agisse d'épidémies, de catastrophes nucléaires, d'extraterrestres ou de zombies, il s'agit pratiquement d'un genre en soi. Et pas besoin d'avoir un budget faramineux ou des effets spéciaux à la tonne pour créer quelque chose de satisfaisant. Mieux vaut parfois privilégier l'ambiance et opter pour le bon vieux huis clos tendu. Ce fut la clé du succès de Z for Zachariah, 10 Cloverfield Lane et d'autres efforts similaires. Cela ne fonctionne évidemment pas à tous les coups et Into the Forest en est un exemple éclatant.

L'apocalypse prend ici la forme d'une simple panne d'électricité. Habitués à la technologie, aux échanges à distance et à la lecture sur l'ordinateur, les êtres humains sont littéralement plongés dans le noir et leur instinct animal ne tardera pas à triompher. Une famille décide de limiter les contacts avec le dangereux monde extérieur en s'isolant dans leur maison en forêt et lorsqu'il arrive quelque chose à papa, les deux soeurs (Ellen Page et Evan Rachel Wood) ne pourront compter que sur elles-mêmes.

Adapté d'un roman à succès de Jean Hegland, Into the Forest est une parabole sophocléenne sur la résilience et le courage. Un film féministe réalisé avec sensibilité par Patricia Rozema (probablement la plus réputée des cinéastes du Canada anglais) qui peut miser sur deux excellentes interprètes. Ellen Page n'a jamais été aussi juste que dans les oeuvres intimistes (The Tracey Fragments est l'exemple le plus criant) et elle trouve en Evan Rachel Wood la partenaire idéale.

Il y a pourtant anguille sous roche et elle est de taille. Difficile d'affirmer si elle provient des écrits originaux ou du scénario de Rozema, mais l'histoire ne fait pas dans la demi-mesure. Le symbolisme est particulièrement maladroit, tout comme cette façon de préconiser le retour à la terre et de systématiquement reléguer l'avortement aux oubliettes. Plus le long métrage avance et plus il perd contact avec le réel. Ce ne sont pas tant les longueurs et les répétitions qui dérangent (il y en avait également dans The Revenant et The Martian: deux autres films de survie largement supérieurs) que le sujet qui devient de plus en plus risible.

Contrairement à ses précédents et forts intéressants When Night Is Falling et Mansfield Park, la metteure en scène ne s'embarrasse guère de nuance. Toutes les émotions sont poussées à leur paroxysme, n'ayant finalement plus aucun sens. La trame sonore de Max Richter - au demeurant riche et très mélodique - est utilisée pour créer artificiellement de l'émotion qui elle, n'existe pratiquement jamais. De quoi faire apparaître un sourire en coin au lieu des larmes tant désirées. Sa direction d'actrices est également dans le tapis, obligeant les deux comédiennes à en faire un peu trop alors qu'il aurait été si facile de soigner davantage leurs personnages et de réduire les dialogues au minimum afin d'encore mieux apprécier cette superbe photographie qui laisse une grande place à l'atmosphère.

On s'aventure dans Into the Forest avec l'espoir de découvrir un petit film humain, touchant et différent et on ne peut qu'être déçu de ce qu'il contient. Il y a une limite à se faire manipuler et même si on a un faible pour les talentueuses têtes d'affiche, personne n'arrive à sauver cet exercice morose et peu inclusif du marasme qui l'attend. Celui de vampiriser graduellement son noeud dramatique pour n'en tirer que de la superficielle et insalubre bouillie pour les chats.

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Photo Martin Gignac

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