Affiche du film  Dangereux 7
© Universal Pictures

Dangereux 7

Version en français
v.o.a. : Furious 7
2 avril 2015

Combat de chauves

Photo Par Martin Gignac

La série Fast & Furious a atteint un statut culte et son distributeur le sait trop bien. Peu importe ce que diront les cinéphiles et les critiques, le film fera plein d'argent, ses fans traiteront les détracteurs de snob et une suite verra le jour dans les prochaines années.

Furious 7 avait l'occasion de remettre les compteurs à zéro en faisant mentir les mauvaises langues. C'est même un des meilleurs épisodes du lot. Tout y est plus gros, plus lourd, plus bruyant et plus excitant. Les scènes d'action sont omniprésentes, le casting gros bras n'a rien à envier à celui des Expendables et les voitures font rêver. Bien entendu, on n'est pas là pour la vraisemblance ou les discours féministes, mais pour le divertissement que procure autant d'adrénaline et de sensations fortes. Un pari qui n'est pourtant qu'à moitié relevé.

Le réalisateur Justin Lin à qui l'on doit les derniers tomes et qui a transformé la franchise en sorte d'Ocean's Eleven avec Fast Five le sait trop bien. Devant le désir d'offrir immédiatement un autre long métrage après le succès colossal du sixième épisodes, il s'est désisté pour aller tourner le prochain Star Trek, prétextant qu'il n'aura pas assez de temps pour pondre quelque chose qui ne sent pas le déjà vu.

Il a été remplacé par le maître de l'horreur James Wan (Saw, Insidious, The Conjuring) qui n'est pas très à l'aise dans ce genre particulier. Sa mise en scène, plus tape-à-l'oeil qu'inspirée, ne rend pas hommage à l'action. Les affrontements sont très/trop longs, sauf qu'ils sont tellement découpés à l'aide d'un montage quelconque qu'on a plutôt affaire à un artisan qu'un artiste. Et hormis deux ou trois bonnes idées de séquences explosives (celle avec les parachutes ou celle qui conclut Abu Dhabi), il n'y a rien de réellement inédit. Encore là, le potentiel n'est pas pleinement exploité et depuis Jack Reacher, le public s'attend à autre chose lorsqu'il est question de poursuites automobiles.

Le scénario est toujours aussi fade et abrutissant et à la limite, ce n'est pas un problème. Ce qui l'est davantage est ce mélange de ton. La moitié des personnages ne prennent pas cette histoire de vengeance au sérieux, alors que pour les autres c'est une question de vie et de mort. Pour Tyrese Gibson et Ludacris qui délirent grandement (mais pourquoi Fast & Furious n'est pas seulement une énorme comédie?), il y a Vin Diesel qui se sent chez Shakespeare et Michelle Rodriguez qui semble complètement perdue en femme qui cherche dans ses souvenirs pour prouver au monde entier qu'elle a de la profondeur.

Ce qu'il y a de plus intéressant sont ces personnages colorés qui pourraient presque remplacer les Avengers (et non pas tous ces messages appuyés sur l'importance de la famille): Jason Statham qui est vraiment très méchant, Dwayne Johnson charismatique à souhait, mais que l'on voit trop peu et Kurt Russell qui se pense dans Reservoir Dogs. Lorsque le bonheur se pointe enfin, il disparaît presque aussitôt à cause de ce sentimentalisme éculé. Oui, cette touche de pathos fonctionne à la toute fin pour rendre hommage à Paul Walker qui est décédé pendant le tournage, mais pas juste avant de montrer Tony Jaa et Djimon Hounsou froncer les sourcils pour avoir l'air diabolique.

Plus long que les précédentes offrandes (pas besoin de rester pendant le générique parce qu'il n'y a aucune scène cachée) et peut-être plus satisfaisant que presque tout ce qui l'a précédé dans la série, Furious 7 n'en demeure pas moins un film inégal et limité. Sa finale annonce qu'il se trouve à la croisée des chemins, alors il pourra en profiter pour améliorer sa mécanique. En trouvant par exemple un meilleur cinéaste à asseoir dans le siège du pilote et en prenant son temps pour pondre des trajets qui valent vraiment le détour. S'ils étaient très nombreux dans les années 90 (pensons seulement à Speed, True Lies, The Rock et Face/Off), les excellents films d'action n'ont pas disparu avec le nouveau millénaire. On peut encore les retrouver dans Skyfall, The Bourne Ultimatum et Mission: Impossible - The Ghost Protocol. Quelques références - parmi tant d'autres - qui pourraient pousser ces Fast & Furious à se dépasser. Le public y est déjà, alors pourquoi ne pas prendre des risques même s'ils sont calculés?

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Photo Martin Gignac

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