Affiche du film C.R.A.Z.Y.
© Les Films TVA

C.R.A.Z.Y.

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : C.R.A.Z.Y.
28 juillet 2005

Au nom du père et du fils

Photo Par Karl Filion

C.R.A.Z.Y. est un film touchant, porté par sa distribution solide, mais aussi par son thème presque récurrent de la relation père-fils; exploité honnêtement, avec beaucoup de respect et une distance observatrice pertinente. Loin d'être une vieille photo noir et blanc, C.R.A.Z.Y. est coloré, enjoué, mais ne nie pas pour autant un aspect plus dramatique de sa personnalité.

La trame narrative de C.R.A.Z.Y. se développe lentement. Négligeant complètement la problématique homosexuelle de son personnage principal, le film se veut d'abord une savante mise en contexte où les personnages se caractérisent par des gestes quotidiens. Des événements qui n'ont d'autre intérêt que de définir les personnages, que d'expliquer leur foi - ou son absence, parce que la religion fait aussi partie de la thématique, comme du port où on revient toujours, d'un phare pour la tourmente - et d'établir la nature de leurs relations. Des relations qui s'enveniment à l'adolescence, une période de quête intérieure qui ne peut être outrepassée, même dans un film. Une narration convaincue même n'y peut rien tant les problèmes sont viscéraux, identitaires, tant la dualité humaine est intransigeante. Si les relations avec soi-même sont déjà d'une intraitable complexité, celles avec les autres sont invivables.

La performance de Michel Côté est convaincante, désarçonnée comme son personnage de père de famille de bonne volonté, certes, mais dépassé par les événements et défini par son époque. Danielle Proulx, dans le rôle d'une mère un peu complaisante, supporte très bien, d'une voix plus raisonnée, le cheminement des hommes qui gravitent autour d'elle. Marc-André Grondin livre une performance d'une grande maturité, en avance sur son temps, une performance de quêtes intérieures et d'éloquence, une performance nuancée et convaincante.

L'omniprésence de la musique s'avère un aspect essentiel du récit, à la fois pour adoucir son rythme et pour transporter les personnages à travers les années. Toutes les époques sont dépeintes avec minutie dans les décors et les costumes, en plus de l'univers musical. Patsy Cline, Pink Floyd ou Charles Aznavour deviennent des balises ou des échappatoires, c'est selon.

C'est lorsque C.R.A.Z.Y. s'attarde aux relations familiales qu'il est le plus intéressant. Ces personnages qui ont littéralement évolué devant l'auditoire cohabitent à la fois physiquement et spirituellement, les frictions en sont d'autant plus incisives. Des moments d'affirmation de soi entre frères du genre de « mon père est plus fort que ton père » fascinants, éloquents et émouvants. Malgré un voyage à Jérusalem un peu moins pertinent que l'ensemble, le film évite sagement le mélodrame pour garder un bon rythme.

Le savoir-faire du réalisateur-scénariste Jean-Marc Vallée est perceptible dans cette retenue de circonstance, où les mots et les personnages ont plus à dire que la réalisation, d'autant qu'il ne se fait jamais moralisateur ou didactique. Pourtant, sa fable est riche en émotion et en savoir-vivre. Les plans demeurent efficaces, plus tacites que révélateurs, parce qu'ils s'effacent et parviennent à se faire oublier dans les moments les plus prenants. L'émotion s'installe vite et bien, mais elle ne prévient pas, ces personnages deviennent des voisins tant leur sort et leur transparence sont judicieusement illustrés.

Les identités brouillonnées à travers les époques se précisent finalement sur un fond de tolérance et d'acceptation - effectivement un peu surréaliste par moments - où l'amour triomphe de tout. La thématique de l'homosexualité devient plutôt un prétexte à l'évolution efficace d'une vie familiale tourmentée d'une grande beauté, bercée par la compréhension et les espérances, et où l'amour entre hommes en est un entre père et fils.

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Photo Karl Filion

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