Affiche du film  Coup interdit
© Warner Bros. Canada

Coup interdit

Version en français
v.o.a. : Sucker Punch
25 mars 2011

Oups

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Peut-être est-ce le succès critique de Watchmen et de 300 qui avait démesurément accru nos attentes envers Sucker Punch. Peut-être est-ce notre optimisme maladroit envers le talent de ce « jeune » réalisateur qui a perverti notre intuition ou peut-être est-ce simplement une oeuvre de piètre qualité, décousue, comme on en retrouve souvent dans le cinéma américain; beaucoup d'interrogations et d'incertitudes à la sortie de ce film que tous, cinéphiles et novices de l'univers cinématographique, attendaient avec curiosité et espoir. Difficile, en outre, de cerner le principal problème de l'oeuvre : son manque de personnalité, ses allégories douteuses, sa structure narrative chaotique et ses efforts incessants pour à la fois troubler et impressionner le spectateur sont tous des causes substantielles de l'échec indiscutable de cette production hollywoodienne, qui réussit tout de même à éblouir à certains moments par son esthétique atypique et excentrique.

Lors de la mort de sa mère, une jeune fille tue sa petite soeur en essayant d'éliminer son beau-père pervers. Ce dernier la reconduit donc dans un hôpital psychiatrique pour se débarrasser d'elle et paie un supplément pour que les médecins la lobotomisent; jusqu'ici tout le monde suit? Avant que le spécialiste entame l'opération, la jeune femme s'imagine un univers différent, mais tout aussi malsain, qui recueille les jeunes femmes orphelines pour les faire danser et se prostituer en échange de leur survie (ici on en perd quelques-uns...). Quand Baby Doll danse, elle s'imagine en pleine guerre contre des mutants, zombies, dragons et autres monstres fantastiques pour oublier la perversion de ses mouvements et leur impact débauché; si vous êtes perdu, consolez-vous, les personnages eux-mêmes ont l'air confus du sort de leur propre histoire.

Le récit, en plus de s'embourber dans des avenues narratives inconséquentes, s'applique même à nous imprégner des valeurs douteuses sur la persévérance et l'accomplissement de soi. Un épilogue moraliste nous incite d'ailleurs à combattre nos craintes puisque, selon les préceptes de cette production mitigée, nous avons toutes les armes nécessaires à notre réussite (adage plutôt insensé si on se réfère aux quelques dizaines de millions que l'on a donnés à Snyder pour nous livrer ce fiasco). Le film semble vouloir ébranler nos valeurs, en nous dévoilant le sort de jeunes femmes blessées et dérangées, mais il ne parvient qu'à nous amener à nous questionner sur les fondements de ce talent que l'on a si instinctivement accordé au cinéaste. Les personnages nous semblent si loin, si irréalistes et si incohérents que l'on ne peut s'y identifier ou même les prendre en pitié.

Évidemment, la facture visuelle du film est magnifique, mais puisque l'oeuvre est signée Zack Snyder on aurait espéré d'avantage qu'une texture ténébreuse et des effets spéciaux d'une qualité satisfaisante. La plupart des plans larges manquent de prestance, de flamboyance, d'éclat, alors que les créatures apocalyptiques qui peuplent le monde fantastique ne peuvent être qualifiées d'autre chose que de « respectables ». Les ralentis, l'harmonie des couleurs et le style musical (Marilyn Manson, Queen, Björk - d'une efficacité indiscutable) sont nombre d'éléments qui ont fait le succès du réalisateur et qui, dans le cas présent, empêchent le long métrage de sombrer dans l'usuel et le formaliste.

Tout le monde a doit à l'erreur, et ce, même dans le monde mercantile et impitoyable du cinéma américain. On a récemment confié à Snyder l'un des projets les plus convoités de l'univers cinématographique actuel, soit produire un (bon) film sur Superman. On espère évidemment que l'homme de 45 ans saura nous impressionner, nous éblouir à nouveau. Du moins, on lui souhaite puisque Hollywood peut peut-être tolérer un faux pas, une erreur de parcours, mais peut-être pas deux...

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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