Affiche du film  Corbo
© Les Films Séville

Corbo

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Corbo
15 avril 2015

Un début de révolution

Photo Par Martin Gignac

Cause ou cinéma? Histoire ou fiction? Le septième art a toujours été divisé par ces interrogations, essentielles pour certains, futiles pour d'autres. S'il y a un film qui est capable de réunir tous ces enjeux à la même enseigne, c'est bien Corbo.

À la simple lecture du synopsis, il s'agit d'un biopic sur un adolescent de 16 ans (Anthony Therrien) et quelques amis de son âge qui se sont joints au Front de libération du Québec en 1966 pour mener des actions violentes. S'attarder à autre chose que la crise d'Octobre afin de faire découvrir un destin oublié à une époque capitale de la province.

Il y a plus, bien entendu. On y parle du Québec d'aujourd'hui par son identité (le héros ignorait s'il était Québécois ou Italien, certainement multiculturel, mais à un moment charnière de son évolution - l'adolescence - où il se pose plein de questions et qu'il a besoin de se définir) et son engagement (la collectivité versus l'individualité, la contestation pacifique/politique ou armée/radicale). De quoi multiplier les liens avec le Printemps érable, les manifestations omniprésentes dans les universités et même l'engagement au sein de groupes terroristes comme l'État islamique.

Il ne s'agit pourtant pas d'un documentaire, d'un essai didactique ou d'un pamphlet. Même si parfois les personnages semblent plus matures que leur âge, qu'ils tendent à réciter des discours ou de grandes lignes de pensée, il est question de cinéma. Un aspect que n'oublie jamais le cinéaste Mathieu Denis avec sa mise en scène terriblement efficace où il arrive à faire ressortir les émotions de ses protagonistes. Le plan est nerveux lorsque la tension est au paroxysme (on sent presque la respiration des âmes) ou au contraire, il tend à allonger ce temps qui passe. Devant cette éternité et ces quelques répétitions, ce mur immense qui se dresse devant eux et qui voile du même coup leur avenir, cela semble pousser les êtres à la révolte. Un symbole fort qui est en parfaite osmose avec la recréation d'époque impeccable, la fabuleuse direction artistique et la musique utilisée qui évite les excès.

Le scénario complexe et profond sent la recherche, la réflexion. Et il en fallait pour arriver à bien doser les actions historiques à ces moments d'introspections familiaux. Quelques scènes auraient pu être sacrifiées ici ou là, ce qui n'alourdit jamais le propos. Les acteurs sont dirigés avec une justesse et une sensibilité qui aurait sûrement plu à quelques grands comme Louis Malle. Anthony Therrien relève d'ailleurs de la tragique figure grecque qui ne plie jamais l'échine devant son destin. Une forte composition qui révèle un excellent comédien. Ses partenaires de jeu (Antoine L'Écuyer et Karelle Tremblay dominent une distribution exemplaire) s'avèrent tous aussi inspirés même si leurs personnages ne sont explorés que sommairement.

En donnant son interprétation de la réalité tout en collant aux faits, Mathieu Denis continue de parler de la société québécoise à sa façon. Corbo a beau être plus accessible et moins sombre que son précédent Laurentie, il s'en dégage ce même parfum d'impuissance, de solidarité gangrenée et de recherche identitaire. Des thèmes universels qui sont insérés dans ce désir de faire du cinéma, du vrai. De quoi se retrouver à mille lieux de La maison du pêcheur et son traitement télévisuel et de se rapprocher lentement mais sûrement de l'essentiel Octobre et de l'illustre Les ordres qui demeure, encore à ce jour, peut-être le plus grand film de notre cinématographie.

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Photo Martin Gignac

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