Continental, un film sans fusil

Version originale en français
v.a. : Continental, a Film Without Guns
7 novembre 2007

La petite vie

Photo Par Karl Filion
Continental, un film sans fusil est un film théorique, qui plaira aux critiques et aux professeurs de cinéma, et devrait être un objet d'étude bien populaire dans les universités. Ses prix dans les festivals sont mérités et pas du tout surprenants, son esthétique rigoureuse satisfera les esprits les plus cartésiens, et son humour sombre assure la partie plus émotionnelle. Parce qu'en fins observateurs, les cinéphiles (et que les autres s'abstiennent!) qui iront voir Continental seront confrontés à la dure réalité du cinéma, l'impuissance à travers la solitude, que ce soit celle des personnages sur l'écran ou celle des spectateurs devant. Et on n'a jamais vu quelqu'un entrer dans l'écran ou en sortir pour porter assistance à ceux qui sont « de l'autre côté », comme morts.

De par sa maîtrise sans équivoque de la bande sonore (excellente, vraiment) et du montage, le réalisateur Stéphane Lafleur utilise l'écran comme un miroir pour révéler au public son propre état presque lymphatique de spectateur-témoin dès que les lumières sont éteintes. Il est apparu au cinéma une irrégularité à cet état des choses : les irrespectueux cinéphiles qui répondent au téléphone cellulaire pendant les films et le damné pop-corn, mais quand même, le cinéma est d'abord et avant tout une activité individuelle... comme la vie, semble dire Lafleur.

Quatre personnages d'une banlieue comme les autres mènent une petite vie pleine de problèmes. Un homme tente sa chance dans la vente d'assurances-vie, un autre cherche à amasser les 15 000 $ nécessaires à une opération dentaire, pendant (ou pas, peut-être, le montage parallèle n'étant qu'une autre des attrapes du cinéma) qu'une femme cherche son mari disparu et qu'une autre, réceptionniste dans un hôtel (lumineuse Fanny Malette), voudrait bien avoir un enfant.

Les plans fixes et plans-séquences de Continental sont fascinants mais bien difficiles d'accès, comme les petits bonheurs des personnages, qui semblent inaccessibles tellement ces derniers gâchent tout. Le moment le plus touchant du film? Les quelques notes d'orgue, enregistrées sur le répondeur... Encore une fois, un détail, lancé en l'air comme une suggestion, qui aurait bien pu ne pas fonctionner. Celui-ci atteint son but, d'autres sont peut-être gâchés parce qu'ils passent inaperçus.

Malheureusement, les faiblesses de Continental apparaissent dans ses silences. Réflexif, le film passe beaucoup de temps à montrer des personnages esseulés terrés dans le silence - mais à qui parleraient-ils? me rétorquera-t-on - qui réfléchissent à leur situation sans montrer d'émotion. Si beaucoup de films tombent dans le piège du mélo, celui-ci est complètement de l'autre côté, dans le piège d'une esthétique de court métrage. La direction photo y est presque toujours magnifique, les acteurs inspirés et les émotions à fleur de peau... à condition de se sentir concerné. Les goûts ne se discutent pas, certes, mais ils se critiquent.

Quand la solitude est finalement brisée - à cause de vulgaires peanuts - l'efficacité des dialogues de Lafleur se fait finalement sentir, leur finesse peut enfin être remarquée. Et le grand talent des acteurs a finalement l'écho qu'il mérite. Pas un film juvénile même s'il est le premier d'un nouvel auteur dans le paysage cinématographique québécois. Mais quand même, la question est lancée : faut-il un baccalauréat en cinéma pour apprécier le prétendu « vrai cinéma »?
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Photo Karl Filion

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