Affiche du film  Conte d'hiver
© Warner Bros. Canada

Conte d'hiver

Version en français
v.o.a. : Winter's Tale
14 février 2014

L'oeuvre inachevée

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Winter's Tale est bête à un point tel que j'en suis encore ébranlée. Il y a de tout dans ce film-là; une histoire d'amour passionnée, une enfant atteinte du cancer, des démons, des archanges, un cheval volant, de l'amnésie, des voyages dans le temps et Will Smith (dans un rôle d'une inutilité qui atteint, elle aussi, de hauts sommets). On sent que Winter's Tale se veut un drame romantique fantastique, mais il a tant de mal à rassembler tous ses éléments en un ensemble cohérent qu'il devient rapidement un fouillis assourdissant et, ultimement, un échec lamentable.

Le film ne prend jamais le temps de mettre en place son contexte fantastique. La magie, on peut très bien l'accepter, mais il nous faut des arguments convaincants et une contextualisation efficace, ce que nous ne retrouvons définitivement pas ici. Cette notion de destin et de « miracles » qu'on nous rabâche sans cesse n'est jamais vraiment expliquée de manière à ce que le spectateur en comprenne son essence. On saisit que le jeune voleur a la capacité de sauver de la mort une jeune femme aux cheveux roux, mais pourquoi? Peut-être le sous-entend-on en nous parlant de destinée et de vies qui s'entrecroisent, d'âmes qui s'élèvent, mais jamais on prend le temps de déchiffrer ces métaphores à deux sous (comparer la lumière des étoiles aux ailes d'un ange, c'est aller au-delà de la simple quétainerie de salon... C'est abrutissant pour n'importe quel humain de plus de 5 ans).

La haine que le personnage de Russell Crowe entretient pour celui de Colin Farrell n'est jamais vraiment expliquée non plus. L'un a été le presque-fils de l'autre pendant des années et, subitement, parce qu'il devait trop bon (à ce que j'en ai compris), le premier renie le second jusqu'à vouloir l'assassiner de ses mains et l'empêcher d'accomplir sa destinée (qui, je le rappelle pour ceux qui ne suivraient pas, consiste à sauver une jeune femme aux cheveux roux de la mort). L'histoire se déroule sur près d'un siècle, et le personnage de Farrell ne vieillit pas, mais il arrive avec un talent incroyable à laisser croire aux personnages secondaires que sa jeunesse éternelle est parfaitement normale. Jennifer Connelly n'est pas le moins du monde ébranlée lorsqu'elle réalise que l'homme qui se tient devant elle devrait avoir plus de 100 ans.

Heureusement, les effets spéciaux s'avèrent plutôt réussis. Excluons ici, par contre, les ailes du cheval blanc qui manque de prestance et de cohésion avec le reste. Le visage de démon de Crowe donne des frissons dans le dos et nombreux flares qu'on a ajouté en post-production illustre bien les dires de la protagoniste (quoi qu'ils auraient pu, eux aussi, être plus féériques). Une direction photo plus appuyée aurait peut-être permis à l'aspect fantastique de rayonner davantage. Si le bleu et le froid avaient été encore plus assumés dans la première partie, une atmosphère différente aurait pu s'installer et l'assimilation du public aurait été bien plus aisée.

Winter's Tale n'est définitivement pas un film d'amour mémorable. Certainement que les plus sensibles verseront quelques larmes dans les moments les plus intenses, mais les plus cyniques pleureront probablement pour que ce supplice cinématographique s'achève enfin (je suis cynique que voulez-vous...).

Partager sur : Twitter Facebook
Photo Elizabeth Lepage-Boily

Mes dernières critiques

Site conçu et développé par Logo Libéo
Représentation publicitaire par Logo Moviefone
© 2016 Média Happy Geeks inc. Tous droits réservés.