Scène du film Surrogates
© Walt Disney Pictures Canada

Clones

Version en français
v.o.a. : Surrogates
25 septembre 2009

La tête cassée

Photo Par Karl Filion

Moralisateur et simpliste, Clones est un film de science-fiction qui ne s'assume pas, qui refuse de prendre la responsabilité que doit prendre toute oeuvre d'anticipation, et qui consiste à commenter son époque et à en remuer les idées préconçues. Or, avec son sentimentalisme élémentaire (le fils du héros est mort tragiquement... pleurons sur fond de piano) et sa finale absurde, le film s'avère tout spécialement hésitant, s'efforce d'être consensuel et de ne point choquer qui que ce soit. Quel ennui.

À Boston, dans un futur proche, la criminalité est pratiquement inexistante puisque les humains ne sortent plus de chez eux. Ils contrôlent à distance des robots qui vivent leur vie à leur place. Le détective Greer et sa partenaire Peters sont chargés d'enquêter sur un meurtre étrange qui a détruit un robot et son utilisateur, qui s'avère être le fils du concepteur des « clones ». Mis au fait de l'existence d'une arme particulièrement dangereuse tombée entre les mains d'un groupe de rebelles qui refuse les robots, Greer devra sortir de chez lui pour aller terminer son enquête.

Quelle chance, pour le personnage principal, que tous les bureaux, toutes les usines, et tous les centres de commandement nécessaires à son enquête soient situés dans la région de Boston. Sans compter qu'il est affreusement chanceux quand vient le temps de défier la mort et de se sortir miraculeusement d'un accident de voiture, ou même de trouver le repère secret du méchant. Déjà, la crédibilité du film souffre énormément de ces raccourcis scénaristiques, conçus pour « ne pas se casser la tête », comme si c'était une bonne idée.

Les choses ne s'arrangent pas avec l'insultante finale qui déjoue le concept même de la tension établie plus tôt dans le film. Sans dévoiler tous les détails, disons que le personnage est confronté à un choix difficile à faire puisqu'il nécessite de grands sacrifices d'un côté ou l'autre. Il est donc confronté à un dilemme moral. Et bien Bruce Willis, lui, non-soumis sans doute aux lois terrestres, peut avoir le meilleur des deux mondes, faire enfin ce qui est de toute évidence juste et rentrer chez lui voir sa femme. Quel homme.

Dommage, car le film aborde quelques thématiques intéressantes. Les robots, bien sûr, qui deviennent des humains de remplacement, l'usurpation d'identité et l'impact de cet immobilisme sur le corps... Des thématiques actuelles, pertinentes, qui sont à peine envisagées par le développement du film. Même niveau action, les quelques séquences concoctées par le réalisateur Jonathan Mostow (Terminator 3 : La guerre des machines), sont courtes, répétitives et peu originales. Le film semble avoir été charcuté par un monteur un peu rapide sur le ciseau.

Insuffisant, Clones ne relancera certainement pas la carrière de Bruce Willis, ni ne marquera les mémoires. S'obstinant à être simple, le film devient inoffensif. Puisque les effets spéciaux sont d'une qualité minimale et qu'aucun acteur n'est vraiment à la mode présentement, on l'oubliera vite. Il n'en tenait qu'à lui de prendre un peu plus au sérieux ses spectateurs et d'éviter de lui faire avaler une morale bidon qui n'aborde pas les questions sérieuses qu'implique l'émergence de la technologie robotique. Les grandes oeuvres de science-fiction avaient toutes cette qualité d'en dire davantage sur la nature humaine que sur le futur de la race. Et puisque les deux sont étroitement liés...

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Photo Karl Filion

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