Affiche du film  Chronique
© 20th Century Fox

Chronique

Version en français
v.o.a. : Chronicle
3 février 2012

Les Super-prédateurs

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Depuis The Blair Witch Projet, le « found footage » - qui consiste à présenter des images tirées de vidéos amateurs, souvent prises par le personnage principal lui-même - est l'avenue de prédilection pour les longs métrages à petits budgets à Hollywood. Généralement utilisé pour les films d'horreur, ce style cinématographique a su prouver son efficacité dans les dernières années avec des succès monétaires et critiques tels que Paranormal Activity et Cloverfield. Les possibilités qu'offre ce genre malléable sont immenses et diversifiées et, visiblement, l'équipe derrière Chronicle l'a compris. L'oeuvre de Josh Trank se situe à la limite de la science-fiction, de l'étude de moeurs et du film d'adolescents typique. Elle dépeint l'histoire d'un jeune garçon mal-aimé, jugé, apathique et obsédé par sa caméra qui, un jour de fête, descend dans une grotte mystérieuse avec deux de ses amis et obtient des pouvoirs surnaturels. Le long métrage aurait aisément pu se limiter à l'aspect plus cauchemardesque du récit, à l'étrangeté derrière l'émergence de leurs pouvoirs, mais le scénariste a choisi de se concentrer davantage sur le quotidien des adolescents et le résultat est payant, tant au niveau narratif qu'artistique.

Pour un film qui n'avait que 10-12 millions $ de budget, les effets spéciaux s'avèrent bien exécutés et visuellement surprenants. Quelques scènes qui se déroulent dans les nuages laissent deviner l'écran vert avec peut-être moins de finesse que certaines autres séquences - qui, par exemple, ont lieu en ville -, mais l'aspect graphique général n'a rien à envier aux productions outrageusement financées par les studios. Le « found footage » permet aussi de négliger la qualité de l'image. Cette perfection visuelle que l'on recherche dans l'air du numérique a beaucoup moins d'importance dans ce genre de films, on peut même s'amuser avec la texture de cette dernière en utilisant différents types de caméras (pellicule, numérique), comme le font d'ailleurs les créateurs de Chronicle en jouant sur le fait que le héros modernise ses outils au cours de la narration.

Même si la pertinence de l'histoire est rarement ce que l'on remarque et recherche au sein d'une oeuvre pour adolescents, ici, le récit se révèle suffisamment intrigant et ingénieux pour cultiver l'attention de son jeune public. Si des adultes obtenaient ainsi des pouvoirs divins du jour au lendemain, l'attitude bon enfant que démontrent les protagonistes serait insensée, mais puisque ces derniers sont des adolescents, naïfs, crédules, inexpérimentés, leurs comportements s'avèrent cohérents et compréhensibles (il est beaucoup plus amusant d'effrayer les fillettes que d'analyser la situation). Quelques concepts philosophiques (des préambules aux théories de Nietzsche, Jung et Platon) viennent agrémenter de belle façon l'histoire et n'entrent pas en conflit avec le reste du récit puisqu'ils sont élaborés par un jeune curieux qui croit pouvoir séduire les filles avec ses spéculations.

Chronicle surprend d'abord par sa fraîcheur (malgré l'utilisation d'un principe maintenant consacré) et sa ligne directrice originale. Même si le film ne dure que 84 minutes, la conclusion tarde tout de même à venir et l'oeuvre prend du temps avant d'établir ses véritables intentions (on se demande à plusieurs endroits où ils veulent en venir). Le long métrage reste, malgré tout, un divertissement efficace qui offre davantage que ce qu'il peut, à première vue, laisser paraître.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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