Affiche du film  Chorus
© Funfilm Distribution

Chorus

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Chorus
4 mars 2015

La tristesse ça fait peur au monde

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

On nous introduit Chorus par l'aveu d'un pédophile en prison qui déclare avoir assassiné un jeune garçon il y a dix ans puis enterré sa dépouille dans un parc. Dès les premières minutes, Chorus nous déchire et porte nos lambeaux pendant une heure trente d'intensité et de désespoir. Il n'est pas étonnant que le film de François Delisle ait connu un succès aussi foudroyant dans les festivals où il a été présenté récemment, puisqu'au-delà de sa qualité technique, le long métrage exploite des thématiques universelles. Il n'y a de douleurs plus aiguisées que celle de perdre un enfant, et bien que plusieurs semblent le croire, Chorus nous démontre tristement que « le temps n'arrange pas les choses ».

Aborder un sujet aussi difficile nécessite évidemment les performances d'acteurs de grands talents, qui devront rendre à l'écran l'incompréhension et l'abdication sans faire des mots une béquille. Il n'existe probablement pas, dans la cinématographie québécoise, d'acteur aussi intense que Sébastien Ricard. Ce dernier arrive à nous transmettre toute la détresse de la situation et son inacceptabilité. Fanny Mallette est aussi incroyable que son collègue masculin. On découvre en elle une femme qui s'efforce de mener une vie « normale », mais qui ne peut oublier ses jours de mère. Jouer des parents sans enfant est un défi épineux pour n'importe quel acteur, et même pour des comédiens du calibre de Ricard et Mallette. Si leurs interprétations n'avaient pas été baignées d'autant d'intensité et de regrets, le film aurait probablement raté sa cible.

Choisir de réaliser son film en noir et blanc représente toujours un risque. Habitué aux films pigmentés, les spectateurs craignent généralement la neutralité d'une image bicolore, mais après avoir visionné Chorus, on réalise qu'il n'y avait pas d'autre manière de le présenter. Le noir et blanc ajoute à la gravité du sujet, il nous dévoile un monde sépulcral, cadavérique, qui s'approche d'une réalité qu'on préférerait ne jamais connaître. On sait qu'elle existe, mais on préfère ne pas s'y attarder, de peur qu'elle s'accroche à notre destin et décolore nos souvenirs. Les plans serrés, les hymnes médiévaux et les quelques coupes sèches apportent une âme et même un filon d'espoir à ce film si moralement douloureux.

François Delisle est parvenu à apporter un rythme pertinent à son film. Malgré ses visées assez contemplatives et sa lourde thématique - voire étouffante -, le public ne s'ennuie jamais dans Chorus. D'une durée modeste, le long métrage n'a pas cherché à étirer de faux sentiments. Alors qu'il aurait pu tomber dans le piège de l'amour rédempteur, Delisle a préféré brosser des portraits d'individus irréparables. Cette conclusion avec le groupe montréalais Suuns laisse quand même quelques taches d'incompréhensions au portrait final. Nous sommes satisfaits de constater que le réalisateur n'a pas emprunté la voie de la facilité, mais une résolution moins métaphorique, moins abstraite, aurait peut-être été plus accessible et efficace.

Chorus se place parmi les grands films québécois des dernières années, pour sa force tranquille, son agressivité à moitié réprimée et ses couleurs invisibles.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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