Affiche du film  Chasse-galerie : La légende
© Les Films Séville

Chasse-Galerie : La légende

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Wild Run: The Legend
25 février 2016

De ton bonheur d'abord, de ton âme ensuite

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Ma première crainte, à la suite du visionnement de la bande-annonce de Chasse-Galerie: La légende était de me retrouver en face d'un autre Le poil de la bête, un film québécois de genre qui s'est planté de manière admirable en 2010. C'est avec un immense soulagement que j'ai découvert que la Chasse-Galerie de Jean-Philippe Duval ne tombait pas de ce piège du « faux » film de genre. Comme le réalisateur le dit lui-même, nous ne sommes pas ici dans un conte fantastique (malgré ce qu'en croit la Régie du Cinéma, qui a justement octroyé ce titre à la production de Christal Film), mais bien davantage dans le drame historique.

La reconstruction historique est d'ailleurs l'un des points forts du long métrage. La direction artistique mérite des éloges et aucun anachronisme (peut-être y en a-t-il, mais ils ne m'ont pas frappé) ne vient gâcher le réalisme de la chose. Le problème se trouve davantage au niveau de la proposition initiale. On nous avait promis une légende, un canot volant, un diable et des âmes damnées, mais tous ces éléments sont secondaires au sein de la trame narrative. La relation amoureuse entre le contremaître de chantiers forestiers et la mercière du village est le centre de l'histoire, l'aspect plus « fantastique », soit le pacte avec le malin et la malédiction familiale, n'est que superflu, une excuse pour réaliser un film d'époque - et un film d'époque moyen en plus.

L'idée de faire du diable un « tueur en série », plus humain que surnaturel, était une proposition intéressante, mais l'accent bourgeois et déphasé de François Papineau laisse le spectateur perplexe. La fine ligne entre comique (caricature) et tragique (épouvante) n'est peut-être pas outrepassée, mais certainement éprouvée à quelques reprises dans le film. Des répliques comme « Toi seul survivra à cette chasse-galerie » et « De son bonheur d'abord, de son âme ensuite » sonnent donc beaucoup moins funestes qu'elles le devraient.

Les choix de la direction photo peuvent aussi être remis en cause. L'image de Chasse-Galerie : La légende est très très sombre. On comprend qu'on a voulu installer une ambiance lugubre dès les prémisses, mais il faut un certain temps à notre cerveau pour s'habituer à l'opacité des images, ce qui empêchera peut-être certaines personnes de se plonger entièrement dans l'histoire qu'on nous propose. On ne peut pas dire non plus que les séquences d'« effets spéciaux », ceux qui mettent en scène le canot volant, sont particulièrement impressionnantes non plus. On ne ressent pas l'aspect fantasmagorique que devrait contenir ce type de séquences. On a malheureusement l'impression que le manque de budget a eu raison de la qualité de ces scènes. Il y a aussi ici un jeu dangereux avec la comédie. Quand le personnage de Fabien Cloutier récite l'incantation magique pour faire décoller le canot - « Ave Santanas » -, on ne peut s'empêcher d'esquisser un sourire. 

Chasse-Galerie : La légende n'est pas le mauvais film que nous appréhendions, mais il possède tout de même de nombreuses failles qu'il est difficile d'ignorer. 

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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