Affiche du film  Ces crimes sans honneur
© Les Films du 3 mars

Ces crimes sans honneur

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Crimes Without Honour
11 mai 2012

« Mais... », dit-il

Photo Par Karl Filion

Le titre de ce documentaire de Raymonde Provencher ne laisse planer aucun doute quant à la nature de son argumentaire. On ne s'étonne donc pas de ne rencontrer que des intervenants qui, au quotidien, travaillent pour faire cesser les crimes d'honneur, au Canada, en Allemagne et en Suède. Évidemment, on ne verrait pas un homme (ou même une femme) aller défendre les meurtres et autres violences commis au nom de l'honneur... mais le fait est qu'ils existent. C'est peut-être ce qu'il manque à Ces crimes sans honneur pour surpasser ce simple exposé de la situation qu'il est.

Reste que l'effort de conscientisation est aussi nécessaire, et qu'il est ici particulièrement compétent. On se tient généralement loin du misérabilisme et on évite de trop s'attarder sur des cas trop particuliers qui viendraient fausser le portrait global. Une intervenante torontoise, par son franc-parler, vient d'ailleurs dynamiser l'exposé qui est parfois un peu répétitif. Le film suppose que le spectateur comprend et sait que les crimes d'honneur sont une aberration. En Occident, c'est l'évidence (et encore là, des communautés fermées cachent peut-être des crimes de ce genre aux yeux du public), mais ils semblent être si importants dans une autre partie du monde... Pourquoi?

Le documentaire fait un excellent travail pour donner des exemples, pour vulgariser, et pour déboulonner certains préjugés; ce ne sont pas que les communautés musulmanes qui sont concernées, pas que des cas de mariages arrangés, pas que des femmes. Cet exposé révèle des faits méconnus de façon très efficace et toujours crédible. Ces quelques « mises-en-scènes » de discussions impromptues entre les intervenants et les membres de leur famille le sont moins, cependant; elles paraissent arrangées et essaient de rendre plus vulnérables les victimes alors que c'est l'ampleur du fléau qui émeut (raison de plus pour regretter qu'on ne se rende jamais dans un pays plus concerné).

Comment convaincra-t-on qui que ce soit que ces victimes, cachées de leur famille parce qu'elles craignent pour leur vie, regrettent de ne plus avoir de contact avec elle même si leur vie en dépend? Heureusement, la réalisatrice Raymonde Provencher ne s'y attarde pas trop et préfère montrer des victimes et des intervenants déterminés.

Mais une scène, sans doute la plus fascinante de tout le documentaire, vient dévoiler une faiblesse : un homme non-identifié contacte une spécialiste suédoise des crimes d'honneur afin de lui faire part de son inquiétude quant à sa fille, dont il n'a pas de nouvelles. Elle lui explique d'aller vers elle, de lui faire comprendre que sa vie n'est pas en danger, qu'elle est libre de vivre avec l'homme qu'elle veut quoiqu'en dise la communauté. « Mais... », dit l'homme. « Mais » la communauté jase, « mais » la famille a honte, « mais »... Cet homme n'est pas convaincu. Ces crimes sans honneur ne le convaincra pas.

Il convaincra ceux qui sont déjà convaincus. Il risque donc de n'avoir que très peu d'impact, peu importe sa compétence.

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Photo Karl Filion

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