Affiche du film  Carnage
© Métropole Films Distribution

Carnage

Version en français
v.o.a. : Carnage
v.o.a.s.-t.f. : Carnage
4 janvier 2012

Tuerie verbale

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Certains films, souvent plus discrets dans le paysage cinématographique, sont construits comme des véhicules pour les acteurs qui y figurent; la caméra, l'ambiance, les effets visuels, même les textes s'avèrent de moindre importance que la qualité de la performance des différents comédiens au générique. Carnage est l'exemple parfait de ce genre de production. L'action se déroule dans un lieu clos - un appartement classique - et l'histoire se révèle assez simpliste et superficielle - des parents se réunissent pour tenter de régler un conflit qui oppose leurs enfants. Mais, c'est dans l'incarnation de cette banale conjoncture que ce trouve toute la richesse du film.

Kate Winslet, Jodie Foster, John C. Reilly et Christoph Waltz, qui portent à eux seuls tout le film sur leurs épaules, sont brillants. Chacun devient son personnage dès les premières scènes et évolue de manière manifeste sous nos yeux. Les émotions qu'ils vivent sont d'une puissance telle que l'on comprend rapidement qu'elles étaient refoulées depuis des lunes. Lorsque l'un rage et que l'autre geint, les derniers s'époumonent de rire ou feignent l'incompréhension. C'est cet amoncellement de sentiments contradictoire qui donne le ton à cette oeuvre humoristique décalée. Les situations comiques ne sont jamais forcées, elles arrivent d'elles-mêmes et sont souvent provoquées par un inconfort palpable entre les individus. La rencontre de ces deux couples produit une étincelle qu'il est délicieusement malsain de voir s'allumer.

Puisque le long métrage est inspiré d'une pièce de théâtre, les cinéphiles peuvent avoir l'impression, à certains moments, que l'histoire tourne en rond. Le fait que le film se déroule dans la même pièce, entre quatre murs, du début à la fin - sauf certains brefs moments dans le corridor - peut certainement déstabiliser le spectateur. Malgré tout, le concept de huit clos est assumé, cohérent et habile jusqu'à une brutale conclusion, aux assises inévitables.

Dans ce genre de film, le réalisateur doit savoir laisser la place à ses interprètes et s'esquiver le plus possible, tout en gardant un cadre intéressant et fonctionnel. Roman Polanski, cinéaste reconnu pour son cosmopolitisme et son adaptabilité, prouve encore ici qu'il comprend et assimile parfaitement son art en adoptant une position d'observateur plutôt que de promoteur. Son talent de directeur d'acteurs est également mis en avant plan ici. Les quatre comédiens ont beau être des virtuoses, s'ils ne sont pas habilement guidés, leur manque d'harmonie, d'unité, risque d'être visible et perturbant.

Même au sein d'un univers purement cinématographique, Carnage conserve ses affinités avec le théâtre et malgré tout l'effort dont font preuve les artistes et artisans de la production pour conserver l'attention de son public, les longueurs sont inévitables. La perspicacité et l'intensité de certains dialogues donnent par contre un souffle nouveau, parfois déconcertant et atypique, à l'oeuvre qui s'avère une habile satire de la société moderne et du rôle des parents d'aujourd'hui.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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