Affiche du film  Captain Phillips
© Sony Pictures

Capitaine Phillips

Version en français
v.o.a. : Captain Phillips
9 octobre 2013

Ô capitaine, mon capitaine!

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

L'histoire de Captain Phillips était parfaite pour Greengrass; patriotique, intense, brutale. Comme le nom du cinéaste est toujours associé à une caméra nerveuse et convulsive, on ne pouvait s'attendre qu'à cette image agitée. Contrôlée, mais continuellement en mouvance. On sait que cette technique est utilisée régulièrement par le réalisateur, mais on aurait peut-être espéré légèrement plus de cohérence dans son utilisation. Que la caméra s'agite dans une séquence d'action fiévreuse sur un bateau, nous n'y voyons pas d'objections flagrantes, mais qu'elle s'affole dans le trafic lors d'une conversation insignifiante entre deux personnages, c'est plutôt contradictoire.

Hors l'agitation continuelle de la caméra et le chauvinisme irrécusable de l'oeuvre, Captain Phillips s'avère une production d'une grande puissance qui nous maintient en haleine jusqu'à sa conclusion, bouleversante. La tension narrative ne s'effrite jamais dans Captain Phillips. Dès que le capitaine aperçoit pour la première fois les bateaux des pirates s'approcher de son paquebot, l'intensité, établie sous la forme de quelques points sur un radar, conserve sa souveraineté au sein de l'histoire.

Tom Hanks livre une performance éblouissante. Il serait étonnant que l'acteur, déjà oscarisé deux fois (pour Forrest Gump et Philadelphia), ne se retrouve pas sur la liste des prétendants à la statuette dorée. Les nuances dans son jeu sont remarquables. Il passe de père et mari aimant, sensible, à chef rigide et inébranlable, puis termine en une victime impénétrable et lourdement traumatisée. Définitivement, un rôle digne de l'Oscar. Barkhad Abdi, qui interprète le leader des pirates, est aussi formidable. Il donne naissance à un personnage troublant qu'on ne voudrait surtout pas voir débarquer sur son bateau ou dans sa vie.

Malgré ses 134 minutes, le film ne souffre que de très peu de longueurs. Le scénario, écrit par Billy Ray, a été construit intelligemment et n'abuse pas des dialogues pour situer temporellement et narrativement le spectateur, comme tant d'autres l'ont fait avant lui. Les interactions entre les personnages ne sont jamais superflues et on comprend rapidement les motivations de chacun des individus.

Le film ne prend pas de point de vue particulier. Le public est conscient du contexte social, politique et émotif de chacune des instances; les pirates issus d'un milieu dur dans une Somalie en décrépitude, le capitaine, conscient de la présence des pillards sur les mers, et les forces armées, rigides, décidées à sauver l'otage. Les nombreuses perspectives permettent au public de poser un jugement plus éclairé sur la situation (même si on nous suggère évidemment en sous-texte (et avec raison, probablement) de choisir le clan du capitaine; le « vrai » héros américain).

Captain Phillips contient tout ce qu'on attend d'un divertissement intelligent; une histoire bien montée, des personnages éloquents, une réalisation compétente et une possible ouverture à la réflexion.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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