Affiche du film  Cambriolage dans la tour
© Sony Pictures

Cambriolage dans la tour

Version en français
v.o.a. : Tower Heist
4 novembre 2011

Sacrifier sa dame

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Il y a eu un temps où le seul nom d'Eddie Murphy faisait vendre des billets, où l'humoriste impressionnait son public, le comblait par d'uniques simagrées et un style presque exclusif. Mais maintenant, force est de constater que cette période de gloire est définitivement révolue. L'acteur est désormais cantonné à des rôles de soutien négligeables, comme celui qu'il incarne avec peu d'audace dans Tower Heist, ou à des protagonistes sans valeur, ni profondeur, dans des oeuvres qui le sont tout autant (Meet Dave, Imagine That). Personne n'a, dans le coeur des fans de la première heure du moins, remplacé Murphy au sein de la comédie américaine, c'est peut-être pourquoi il est réjouissant - ou peut-être le mot approprié serait davantage « réconfortant » - de voir le personnage cabotin qu'il a tant de fois peaufiné au grand écran refaire surface subitement au milieu d'une production contemporaine.

Malheureusement, ce retour nostalgique d'Eddie Murphy au grand écran dans un rôle qui le définit et l'habite n'est pas suffisant pour créer l'hilarité escomptée. Film de cambrioleurs dans la plus pure tradition hollywoodienne (les « gentils » volent les « méchants », élaborent des plans saugrenus et bernent le public jusqu'à une finale prévisible), Tower Heist aurait pu être bien plus drôle tout en conservant cette perspicacité au sein du scénario. Les voleurs de Ocean's Eleven étaient tous des professionnels dans un domaine connexe, ceux de la nouvelle comédie de Brett Ratner sont des fonctionnaires, sans antécédents criminels, qui décident de s'insurger contre leur insidieux patron. Au lieu de construire une pièce de même dimension pour se pratiquer, comme l'avaient fait les associés de Danny Ocean, ils élaborent une réplique avec des blocs légos. Il y avait, dans cette histoire, suffisamment d'éléments propices à des situations comiques efficaces et malgré tout, la plupart sont maladroites. Peut-être qu'en voulant rester dans le concret, ne pas s'engager trop profondément dans la caricature, on a astreint l'oeuvre à un statut impersonnel, conforme, sans artifice.

Les véritables criminels d'aujourd'hui sont les magnats de la finance, les bandits à cravates. D'avoir choisi ce genre d'ennemi était réfléchi, visiblement. En fait, chaque détail technique de la trame narrative semble avoir été étudié et placé méthodiquement pour étonner les spectateurs et créer l'effet de surprise tant anticipé (effet globalement réussi si on considère la prévisibilité du récit). Seule l'amourette entre le personnage de Ben Stiller et l'agent du FBI, incarnée par Téa Leoni, s'avère très peu crédible. Fallait-il vraiment qu'il y ait une idylle sentimentale dans cette histoire de malfaiteurs-apprentis? Il faut savoir choisir ses batailles...

Tower Heist a su appliquer à la lettre une recette mainte fois adoptée par Hollywood, mais il lui manque ce petit quelque chose qui faisait, par exemple, le charme de The Italian Job ou la finesse de The Usual Suspects. Beaucoup d'oeuvres cinématographiques ont été produites sur les voleurs, chaque génération a son classique, les comparaisons sont donc faciles et inévitables, et malheureusement personne ne sera suffisamment impressionné par Tower Heist pour l'élever au rang de classique. Un divertissement agréable, sans plus.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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