Affiche du film  Cake
© We're Not Brothers Productions

Cake

Version originale en anglais
23 janvier 2015

Pas du gâteau

Photo Par Martin Gignac

S'enlaidir pour être prise au sérieux. L'idée peut paraître absurde, mais elle a fait ses preuves, que l'on pense seulement à Angelina Jolie (Girl, Interrupted), Hilaray Swank (Boys Don't Cry), Charlize Theron (Monster) et plus récemment Reese Witherspoon (Wild). Voilà que Jennifer Aniston s'essaye à ton tour. Cela lui a peut-être permis de décrocher une nomination aux Golden Globes, sauf que ça ne risque pas de donner un second souffle à sa carrière.

Il faut pourtant du courage à l'ancienne interprète de Friends pour incarner le rôle principal de Cake. Se promener presque tout le film en mou, sans maquillage, avec des cicatrices sur le corps et une humeur de babouin, il faut le faire. C'est sans doute normal pour un personnage qui broie du noir, étant sensible à la douleur, incapable de s'asseoir normalement dans une automobile et qui passe son temps à se frustrer avec le commun des mortels. Un accident a bouleversé sa vie et elle ne trouve pas les munitions pour reconnecter avec les autres. Une longue traversée du désert qui est défendue plus que convenablement par une comédienne trop souvent acculée dans les stéréotypes.

Mais est-ce suffisant pour faire de Cake un bon film? Non. La populaire actrice a beau être entourée d'interprètes dévoués (Adriana Barraza, Anna Kendrick, Sam Worthington), personne ne trouve de chair autour de l'os. Les personnages n'ont aucune réelle épaisseur et cela se fait rapidement ressentir. Le scénario se plaît à ouvrir des portes (sur cette ménagère mexicaine qui est issue d'une autre classe sociale, sur cette mère de famille qui s'est suicidée, sur ce veuf qui élève seul son fils, sur cette jeune femme qui tente de faire carrière à Los Angeles) sans véritablement les refermer ou même les franchir convenablement. Non content de lorgner vers le drame psychologique, le long métrage finit par se transformer en gros mélo, manipulateur et prévisible, qui a tôt fait d'achever le spectateur à coup de morales et de bons sentiments.

La réalisation aseptisée et sans relief de Daniel Barnz ne donne aucune chance aux êtres et aux situations. Comme toujours dans son cinéma (Won't Back Down, Beastly et même Phoebe in Wonderland qui demeure son meilleur effort), les choix de mise en scène manquent d'ampleur formelle. Les images s'empilent les unes sur les autres en reproduisant des symboles éprouvés et des métaphores prédigérées. Ces éléments ne nuisent peut-être pas trop au récit, mais ils handicapent fortement la marche à suivre. Surtout que le cinéaste finit par contraindre sa vedette. Jennifer Aniston a le sens du rythme, des répliques bien envoyées et ce sont ces moments humoristiques qui sont les plus réussis. Une vraie bouffée d'oxygène qui ne tient malheureusement pas la route sur la durée, Mr. Hyde finissant par avaler tout rond le pauvre Dr. Jekyll.

C'est d'autant plus dommage que Jennifer Aniston avait enfin l'occasion d'exploiter une autre facette de son talent avec cette fille malmenée par l'existence qui se trouve aux antipodes des comédies romantiques nunuches qui ont fait sa renommée. Cake a beau être généralement regardable, son manque de polissage et de profondeur le rend inopérant et, au final, assez quelconque. On sent vraiment que l'ex de Brad Pitt va retourner aux rôles sexy et dévergondées à la Horrible Bosses et We're the Millers qui lui ont permis de tenir aussi longtemps dans le métier...

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Photo Martin Gignac

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