Une scène du film  Café de Flore
© Alliance Vivafilm

Café de Flore

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Café de Flore
21 septembre 2011

Au ciel

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Après le monumental C.R.A.Z.Y., Jean-Marc Vallée était attendu au Québec avec une impatience non dissimulée. Tous étaient prêts à le rabaisser avec une fougue musclée ou à l'encenser par des propos dithyrambiques, mais personne ne s'attendait vraiment à cette oeuvre honnête, ingénue et lumineuse qu'est Café de Flore. Peut-être que certains clichés, quelques choix artistiques douteux ainsi qu'un parachèvement ésotérique mal assumé posent une ombre au tableau, mais le film est animé par une fébrilité, une allégresse telle qu'on finit par comprendre que ses défauts font partie de sa fragilité.

Le thème central de l'oeuvre demeure toujours l'amour; l'âme soeur, le divorce, le fantasme, le mariage, la passion, l'infidélité, la famille, le coup de foudre, sont tous des sujets que développe l'auteur pour exprimer la force de ce sentiment, sa puissance destructrice. L'amour, avouons-le, reste une thématique plutôt conventionnelle, et lorsqu'on choisit une proposition de départ aussi classique, on risque fort de glisser à quelques reprises dans le déjà-vu et le stéréotype. Vallée n'y échappe pas en plongeant parfois dans un romantisme navrant, parfois dans de lourdes justifications pour expliquer les contingences de son récit (impliquer une médium ou introduire l'histoire par une voix hors champ font partie de ces décisions discutables), mais quelques images bien trouvées - comme les hallucinations d'Antoine ou le bateau en papier et la balançoire de Laurent - viennent excuser partiellement les précédents poncifs.

La musique prend une place prépondérante dans le cinéma de Jean-Marc Vallée, et Café de Flore ne fait pas exception. Le choix méticuleux de chacune des chansons, l'intensité de ces dernières (tant au niveau technique qu'esthétique) et la manière de les incorporer à l'histoire (intra ou extra-diégétique), paraissent réfléchies et insufflent une spiritualité particulière à l'oeuvre. La réalisation - structurée et rigoureuse - s'impose elle aussi dès les prémisses pour nous permettre de vivre le récit plutôt que d'en être simplement témoin (comme c'est le cas avec de nombreuses autres productions québécoises).

Les acteurs ont eux aussi beaucoup à voir dans le succès de la production. Kevin Parent est absolument remarquable, tellement qu'on se demande à plusieurs reprises, en visionnant Café de Flore, pourquoi cet artiste n'a jamais pensé développer ses aptitudes dramatiques avant aujourd'hui. Il illumine l'écran dans le rôle d'un père de famille récemment divorcé d'avec la mère de ses deux filles et sur le point de se marier avec une autre femme, persuadée d'être son âme soeur. Evelyne Brochu, intemporelle sous les traits de l'amante parfaite et de l'amoureuse compréhensive, ainsi qu'Hélène Florent, fragile et émouvante dans la peau de l'ex-femme, donnent une humanité à cette histoire qui s'enfonce parfois dans des avenues insaisissables.

Café de Flore est un hymne à l'amour, un film fort et vrai sur l'un des sujets les plus exploités au cinéma - et dans toutes autres formes d'art - depuis des siècles. Sans le renouveler complètement, Vallée est parvenu à déconstruire ce sentiment, à le découper, pour nous confirmer son intensité et sa beauté. Café de flore risque de ne pas marquer l'imaginaire collectif comme C.R.A.Z.Y. l'avait fait - probablement en raison de sa structure composite et de ses perspectives hermétiques - mais la voix ensorcelante de Vanessa Paradis qui fredonne les mots « Au ciel » à son enfant trisomique et cette mélodie qui obsède les protagonistes saura certainement vous submerger, vous envoûter suffisamment pour que le film laisse une marque indélébile sur votre mémoire.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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