Affiche du film Caché
© France 3 Cinéma, StudioCanal

Caché

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Caché
23 janvier 2006

Voyeur

Photo Par Samuel Matteau
Anticonformiste et provocateur sont deux qualificatifs qui définissent bien le réalisateur autrichien Michael Haneke. S'amusant à jouer avec le spectateur et le déstabiliser dans des mises en scène non conventionnelles, Haneke est réputé pour mettre le public dans une fâcheuse position de voyeurisme inconfortable. Il n'en est point différent pour son tout dernier film honoré à Cannes 2005 pour sa mise en scène. Caché est un film marginal dans lequel on évolue dans une histoire nébuleuse parsemée de secrets où le réalisateur a choisi de laisser une marge de liberté aux spectateurs avec de nombreuses interprétations.

Une famille de bourgeois ordinaire voit chambouler son petit quotidien lorsque des cassettes anonymes filmant leur domicile apparaissent mystérieusement dans le portique. Georges, journaliste littéraire pour la télévision et Anne, écrivaine à temps plein, commencent tranquillement à prendre la chose au sérieux lorsque le contenu des casettes devient de plus en plus personnel. Peu à peu, le conflit détruit les rapports du couple et Georges, commençant à avoir des soupçons sur l'auteur de ses actes, ne semble pas vouloir faire face à certains évènements de son passé.

On pourrait qualifier Caché de thriller, de drame familial et même de film politique (événement relié à la guerre d'Algérie). Mais avant tout, le film se concentre davantage sur la fiabilité et la provenance des images que le spectateur reçoit. En effet, la mise en scène remet en question quelques bases cinématographiques par son approche incongrue. Parsemés de mise en abîme par les yeux d'une caméra mystérieuse qui filme la maison familiale, nous, spectateurs, nageons dans un environnement troublant ne sachant jamais si ce que nous voyons est filmé par le réalisateur ou par la caméra dans le film. Ce procédé aussi ingénieux soit-il place le spectateur sous une forme de voyeurisme embarrassante, n'ayant pas le choix d'être témoins de la scène présente ou d'une casette déjà filmée. Dès le premier plan du film, Haneke impose cette vision artistique que cette constante remise en question des images et de sa source. Il s'amuse à jouer avec le public. Pensons à cette scène d'un plan fixe d'une maison qui dure plusieurs minutes sans que rien ne se passe. Puis, nous entendons des brides de dialogues et le tout est rembobiné direct à l'écran. Le climat dans lequel repose le film est très lent permettant au réalisateur d'installer une ambiance malsaine. Le film n'est supporté par aucune bande sonore musicale laissant une marge plus grande au dialogue et au son qui a été travaillée avec précision.

La prestation du couple interprété par Juliette Binoche et Daniel Auteuil est criante de vérité. Sans sur-jouer, les deux offrent de très bonnes confrontations conjugales. Les moments de tensions sont bien reflétés dans le visage des protagonistes n'étant point aidés par une trame musicale. Par contre, c'est Daniel Auteuil qui vole la vedette ici en s'attardant sur sa vie et son passé. Il joue de façon très naturelle et tourmentée s'enfonçant sournoisement dans la paranoïa.

Le dernier film de Micheal Haneke est une réussite totale. Cependant, nous pouvons peut-être lui reprocher d'avoir réalisé un film qui n'est pas accessible à tout le monde. Seuls les cinéphiles avertis pourront y trouver un plaisir inouï. Brillant, poignant, magistral et cynique, Caché déstabilise. Personne ne pourra se dire insensible à la fin de la projection. Un film qui pose des questions et qui nous en laisse poser. Un très grand défi que celui dans lequel Haneke s'est embarqué avec Caché. Mais il peut avoir la tête tranquille, car son film est une œuvre unique.
Partager sur : Twitter Facebook
Photo Samuel Matteau

Mes dernières critiques

Caché
La véritable histoire du petit chaperon rouge
Le courage d'aimer
Site conçu et développé par Logo Libéo
Représentation publicitaire par Logo Moviefone
© 2016 Média Happy Geeks inc. Tous droits réservés.