Affiche du film  Bienvenue à bord
© Niagara Films

Bienvenue à bord

Version originale en français
30 mai 2012

À l'abordage

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Comme le cinéma est - aussi (en plus d'être un art et un moyen d'expression) - un divertissement (même en France où l'on considère le septième art de manière bien plus « intellectuelle » que nous, pauvres « Américains » enivrés par l'appât du gain), on doit s'attendre à ce que certains films ne visent pas très haut. Bienvenue à bord est une comédie familiale sans grande nuance qui se contente d'un humour facile, de personnages secondaires bâclés et d'une histoire superficielle pour mettre en lumière ce « con » qui semble être la recette miracle de nos cousins pour dérider leurs pairs. Franck Dubosc personnifie à merveille cet imbécile heureux qu'une conseillère en ressources humaines engage pour se venger de son patron, qui est également son amant. Malheureusement, l'acteur et humoriste est ici brimé par un scénario pauvre et uniforme qui nous assène de blagues de vomi, de gais, de ventriloque (oui, oui) et, évidemment, de cons!

Pourtant, l'utilisation du bateau de croisière comme point d'appui n'était pas complètement saugrenu à l'élaboration d'une comédie de situations pertinente. Les huis clos offrent souvent un grand potentiel humoristique et cet abruti parmi les nantis auraient aussi pu occasionner des rencontres riches de sarcasme et d'esprit. Mais, on a préféré la bonhomie à la subtilité, le prosaïsme à la finesse. C'est pourquoi on est témoin (bien contre notre gré) d'une reconstitution absurde du Titanic (parce que bateau de croisière dans les Caraïbes rime invariablement avec paquebot qui frappe un iceberg dans l'Atlantique), d'une adaptation d'un conte pour enfants avec le chanteur Enrico Macias déguisé en roseau narrateur et une scène où une femme ouvre son coeur et livre ses secrets à un homme qui a le mal de mer et risque de lui vomir au visage à tout moment.

Les personnages secondaires s'avèrent d'une pauvreté difficilement égalable. Ce professeur de gym qui se fait passer (avec très peu de finesse) pour un homosexuel dans le but d'attirer la gente féminine dans son lit, ce directeur général, marié à la principale actionnaire de sa compagnie, qui ne peut s'empêcher d'embobiner les belles femmes de son entourage, cette commandante de bord qui laisse entrer son fils, muet depuis le départ de son père, sur le bateau et cette directrice des ressources humaines qui achète un billet sur la croisière pour pourrir la vie à son ancien amant sont tous des stéréotypes fastidieux que l'on ne parvient jamais à rendre intéressants et suffisamment attachants pour s'en préoccuper. La finale cendrillonesque déçoit également beaucoup. On ne s'attend évidemment pas, dans ce genre de film, à une conclusion déchirante ou même inspirée, mais un peu moins de froufrous et de fioritures auraient certainement pu nous donner moins de maux de tête et de nausées.

Bienvenue à bord s'approche, en fait, en plusieurs points à L'appât (et pour ceux qui auraient des doutes, ce n'est pas un compliment); son humour burlesque mal maîtrisé, ses textes simplistes, ses personnages fades et ses images formalistes en font une oeuvre désolante qui, orchestrée différemment, aurait pourtant pu surprendre. Et comme pour L'appât, même si Bienvenue à bord nous décroche parfois des sourires et même des rires, ce n'est pas pour autant que c'est drôle...

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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