Affiche du film  Bestiaire
© Funfilm Distribution

Bestiaire

Version originale sans dialogue
5 avril 2012

L'intrus

Photo Par Karl Filion

À travers ses films précédents - Les états nordiques, Nos vies privées, Carcasses, Elle veut le chaos et son récent Curling - Denis Côté s'est forgé une réputation enviable sur la scène internationale et est devenu un cinéaste prisé ici comme ailleurs. Son cinéma est construit de telle sorte qu'un film de Denis Côté ne peut être qu'un film de Denis Côté. Il y a donc un plaisir à découvrir un « nouveau » film de Côté, car on sait qu'on va le redécouvrir du même coup. Bestiaire ne fait pas exception à la règle et s'inscrit dans une filmographie cohérente, construite comme un tout.

La caméra intrusive de Bestiaire vient capter des moments d'un réel (qui est faux) et le décrit comme tel : voici la réalité. Mais le cadre - et Côté le sait et le montre bien - travestit déjà la réalité. Le passage des saisons met en lumière un autre « défaut » du réel : ce n'est toujours que « ce réel-là », par rapport aux autres réels : l'hiver, les enclos intérieurs, l'été les enclos extérieurs. Et toujours, les enclos, la captivité. Quel réel donc? Celui des animaux, ou des humains qui les regardent?

S'il n'est pas le chef-d'oeuvre du réalisateur, Bestiaire demeure un film qui s'inscrit dans l'oeuvre personnelle d'un cinéaste intrigant dont le dialogue se fait entre tous ses films. C'est d'ailleurs dans cet ensemble que ce film-ci trouve son plus intéressant écho; seul, il est assez inaccessible et n'a pas le même intérêt. Car même à 72 minutes à peine, Bestiaire est parfois un peu long. Toutes les séquences et tous les animaux n'ont pas le même impact, ne sont pas aussi inspirés. Quelques pointes émergent du lot, dont une séquence fascinante chez le taxidermiste qui montre à quel point le réalisateur maîtrise l'art de raconter par l'image.

Or, ce n'est pas toujours le cas, et bien des moments paraissent vides de sens; au cinéma, le regard-caméra d'un personnage est un geste conscient et signifiant (voyez Funny Games), mais dans Bestiaire, quoi penser d'un bovidé fixant l'objectif? Ce n'est pas lui qui regarde la caméra, c'est la caméra qui s'est placée de cette façon... Parce qu'il dit peu de choses, on pourrait croire que le film parle beaucoup. C'est qu'on parle pour lui. On ne convaincra pas votre humble serviteur (moi, dans le fond) que Côté n'a pas misé sur sa « célébrité » comme cinéaste d'auteur pour laisser les spectateurs et autres intellectuels du cinéma faire dire à son film des choses. Importantes, sociales, humaines, comme vous voudrez. Mais voilà un film qui, au fond, montre seulement des animaux.

Voilà un film qui ne s'intéresse pas tant que ça à ce qu'il filme. Pour être plus précis : voici un film dont l'intérêt n'est pas particulièrement ce qu'il montre, mais ce qu'il cause. Ce sont les réactions des spectateurs qui prévalent; pourquoi rient-ils à ce moment-ci (les autruches)? Pleurent-ils? Sans ces spectateurs, sans cette « communion » de la salle de cinéma, Bestiaire est condamné à être « limité » par son intellectualisation; quiconque vous parlera de Bestiaire en vous parlant d'un « message » ou d'un « commentaire » ne mérite pas votre attention. Il en découle surtout des questions.

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Photo Karl Filion

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