Affiche du film  Ben-Hur
© Paramount Pictures

Ben-Hur

Version en français
v.o.a. : Ben-Hur
19 août 2016

Perdre la foi

Photo Par Martin Gignac

Dans l'imaginaire collectif, Ben-Hur est ce film haletant de 1959 qui mettait en vedette Charlton Heston. Une immense fresque gagnante de 11 Oscars (un sommet égalé par Titanic et Lord of the Rings: The Return of the King mais jamais dépassé) avec une inoubliable course de chars. Il s'agit pourtant d'un roman écrit par Lew Wallace en 1880 et qui a été adapté maintes fois au cinéma, dont une en 1925 dans une excellente version muette.

Quel est l'intérêt de transposer en 2016 cette rivalité entre deux demi-frères alors que la mode du péplum n'a jamais repris depuis le succès de Gladiator? Sans doute pour profiter de la popularité des longs métrages religieux. Les Son of God, Heaven is for Real et autres Miracles From Heaven ne riment peut-être pas avec du bon cinéma, sauf que ce sont des objets qui ne coûtent presque rien à faire et qui rapportent gros. Cela peut expliquer dans le cas qui nous intéresse de l'omniprésence de Jésus de Nazareth, ses messages et gestes qui sont montrés encore et encore à l'écran. Jusqu'à un Morgan Freeman qui porte des dreadlocks et qui vient tout rappeler de sa voix qui impose le respect lors d'une finale aussi risible que ridicule.

Ce nouveau Ben-Hur a pourtant plus à voir avec l'inégal The Young Messiah et surtout Exodus, le nanar de Ridley Scott. Il s'agit d'une production luxueuse de 100 millions de dollars, mais formatée au possible, qui ne prend aucun risque. On est très loin de la fantastique vision de Darren Aronofsky sur Noah. Le récit ne dure peut-être "que" deux heures (celle de 1959 est de 3h30 minutes!), il est parsemé de trous narratifs et de moments qui ne servent à rien. Dans le rôle-titre, Jack Huston qui a été découvert dans la série Boardwalk Empire et qui a déjà eu un rôle dans un téléfilm sur Spartacus fait piètre figure. Il est à l'image du reste de la distribution, particulièrement lamentable.

Techniquement, le film déçoit avec sa photographie qui manque de lustre, sa musique appuyée, sa direction artistique sans ampleur et sa 3D limitée. À lui seul, le générique de fin est plus intéressant que le long métrage en entier. Incapable de mener à terme des dialogues intelligibles ou une romance digne de ce nom, le cinéaste Timur Bekmambetov s'est toujours réfugié dans les scènes d'action et c'est bien là le principal attrait de l'ouvrage. Il y a quelques moments musclés qui forcent l'admiration, dont cette bataille navale réellement impressionnante. Ce style tape-à-l'oeil pouvait réjouir dans Wanted et divertir lors de Night Watch et Day Watch, mais il commençait déjà à ennuyer sérieusement sur Abraham Lincoln: Vampire Hunter. Une impression que l'on retrouve à nouveau alors que l'ambition est plus présente que jamais. Sans doute qu'il n'était pas la bonne personne pour se lancer dans le projet. C'est comme si on demandait à Michael Bay de refaire La Passion de Jeanne d'Arc de Dreyer.

Il serait très surprenant que cette version de Ben-Hur remporte des Oscars comme un de ses célèbres prédécesseurs. La qualité générale de la production serait plutôt digne des Razzies. En omettant quelques séquences spectaculaires, il n'y a absolument rien à sauver de ce naufrage. À quand The Robe revu et corrigé par Luc Besson, Les dix commandements par Zack Snyder et la Cléopâtre d'Uwe Boll? Au moins, on s'amusait follement devant Hail, Caesar! des frères Coen et de leur jubilatoire recréation de Quo Vadis?.

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Photo Martin Gignac

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