Affiche du film  Avril et le monde truqué
© Métropole Films

Avril et le monde truqué

Version originale en français
17 février 2016

À toute vapeur

Photo Par Martin Gignac

L'animation est le terrain vierge de toutes les folies. Avec du talent, de l'inspiration et beaucoup de travail, il est possible de créer d'immenses opus aussi différents que Inside Out, Le conte de la princesse Kaguya et Anomalisa.

Moins marquant que ces références, Avril et le monde truqué a néanmoins plus d'un tour dans son sac pour divertir. À la fois rétrofuturiste et uchronique, ce conte se permet de réécrire l'Histoire et de plonger le Paris de la première moitié du 20e siècle dans un univers gris et menaçant. Les grandes inventions scientifiques telles l'électricité et le téléphone n'ont pas vu le jour et le destin de la planète réside entre les mains d'Avril, une jeune femme déterminée qui tente de prendre soin de son chat qui est doté de la parole.

Ce joli dessin animé à l'ancienne de Franck Ekinci et Christian Desmares qui a eu besoin de fonds français, canadiens et belges pour voir le jour est surtout une lettre d'amour à Jacques Tardi qui a conçu le magnifique univers graphique et participé au scénario. Le sceau du grand bédéiste est partout, dans son esthétisme anarchiste des faubourgs jusqu'à ses thèmes fétiches qui dénoncent le patriotisme tout en laissant gronder une héroïne sans peur ni reproche. Il s'agit bien du papa des célèbres Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, qui n'avait que peu à voir avec le film raté de Luc Besson.

Comme chez Hergé, l'action est la principale composante du récit et il y en a à revendre. Un peu trop, d'ailleurs. S'il est impossible de s'y ennuyer, ces rebondissements à la tonne cachent un manque de finition et de complexité dans les enjeux traités. Derrière les clins d'oeil au Steamboy d'Otomo et Le château ambulant de Miyazaki émane une trame narrative aussi originale que simpliste, qui s'éparpille dans le dernier tiers beaucoup plus convenu et hollywoodien.

Une attention particulière a été apportée aux liens familiaux et ils auraient mérité d'être davantage approfondis. Cela aurait amené plus d'humanité aux personnages. Ces derniers, très attachants, bénéficient de voix généralement agréables (Marion Cotillard, Jean Rochefort, Olivier Gourmet, etc.), surtout celle du chanteur Philippe Katerine en chat verbomoteur. On pourra même y entendre Benoît Brière, Macha Grenon et Marc-André Grondin, coproduction oblige.

Porté par une aventure constante et trépidante qui pourra plaire à toute la famille, Avril et le monde truqué oublie toutefois d'émouvoir et de toucher le coeur. Ce n'est pas Le chant de la mer ou Khalil Gibran's The Prophet. La magie et la poésie cèdent le pas à une efficacité de tous les instants, une singularité au charme suranné qui fait passer un bon moment à défaut de mieux. C'est déjà plus que la décevante animation sur Le Petit Prince et une bonne introduction aux visions de Jacques Tardi. Avec une telle réussite et les encore plus convaincants Phantom Boy et Le garçon et le monde, le domaine du dessin animé est plus que foisonnant.

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Photo Martin Gignac

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