Scène du film Aurore
© Alliance Atlantis Vivafilm

Aurore

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Aurore
28 juillet 2005

Au crépuscule

Photo Par Karl Filion
Mauvais dans presque tous ses aspects, Aurore est particulièrement déplaisant quant au jeu des acteurs, laissés à eux-mêmes, qui empêche franchement toute autre compassion que pour leur triste sort. Une production théâtralisée dans son interprétation et dans son traitement, un échec.

Les producteurs Denise Robert et Daniel Louis profitent de la mode « notre passé » pour s'attaquer à la légende de la petite Aurore. Ils font même confiance au scénariste à succès Luc Dionne (Omerta, Le dernier chapitre), malgré son absence d'expérience derrière la caméra, pour mettre en images une histoire qui fait partie de la conscience collective de tout un peuple. Un film qui n'est pas aussi sentimentaliste ou moralisateur que ses prédécesseurs, mais qui a bien d'autres défauts pour compenser, dont une théâtralité insupportable, qui sabote tous les efforts de l'équipe pour émouvoir. Ce n'est pas tout de propager un message d'espoir pour les enfants victimes de violence (c'est, bien sûr, louable) pour que le film soit miraculeusement bon, il faut que les qualités artistiques y soient aussi. Ce n'est pas suffisant non plus d'offrir un scénario fidèle à la réalité. Aurore n'est pas un documentaire, c'est un film de fiction.

D'abord le scénario, qui manque cruellement de vigueur, tombe vite à plat. Si Dionne affirme « vouloir éviter les clichés », il écrit pourtant une fable un peu simpliste qui enchaîne les revirements prévisibles, qui alterne les personnages effleurés et qui sert des dialogues pré-mâchés, recyclés, qui sonnent terriblement faux, d'autant que l'ensemble des interprétations laisse à désirer. Dans un scénario qui manque cruellement de subtilité, les personnages se parlent tout seuls et expriment des remords en se prenant la tête à deux mains, par exemple. Dommage parce que l'histoire de la petite Aurore a effectivement un intérêt, si elle est exploitée avec conscience et complétude.

La direction d'acteurs incertaine du réalisateur Luc Dionne massacre la présence d'Yves Jacques, un acteur habituellement si éloquent, au générique. Impossible de reprocher à Jacques un manque de volonté, puisque ses collègues, incluant Serge Postigo et Rémy Girard, tombent aussi dans les plus fieffés clichés du genre. Chaque personnage n'a qu'une émotion à la fois, et il s'assure de bien la faire passer en l'exprimant verbalement. Hélène Bourgeois-Leclerc, en marâtre, n'échappe pas à la tendance et sert une caricature plus sobre qu'assurée. Impossible de tenir les acteurs responsables du résultat, un mal si généralisé vient d'ailleurs.

Cependant, parce qu'il faut bien le dire, Aurore a bien deux ou trois qualités. D'abord, la jeune Marianne Fortier démontre une belle maturité et évite miraculeusement la facilité dans sa souffrance. La réalisation proprement dite de Luc Dionne n'est pas non plus complètement mauvaise, elle alterne entre les moments effectivement efficaces et touchants – avec le train – et la représentation visuelle banale mais pertinente des événements. Les euphémismes en particulier sont nécessaires mais peu inventifs. Aurore n'est pas un film sur Aurore, c'est sur film sur le silence, sur la mauvaise conscience et sur la responsabilité. Ces thèmes, exploités séparément, auraient pu être efficaces, mais ils sont ici torpillés par les contraintes du récit plus folklorique que réaliste de l'enfant martyre.

S'émouvoir devant une telle démonstration devient impossible tant la prestation des acteurs amuse ou déconcerte, c'est selon. Parce qu'il y a probablement moyen d'aborder Aurore moins tragiquement afin d'apprécier sa représentation presque burlesque d'une histoire qu'on sent plus complexe et plus sérieuse, sans jamais la percevoir comme tel. Le tout est théâtralisé avec des fondus au noir comme un rideau qui tomberait sur un acte au théâtre, comme un raccourci scénaristique un peu simpliste.

C'est d'une direction dont Aurore a besoin. D'abord pour ses intentions, qui demeurent nébuleuses, puis pour ses acteurs, victimes d'une supervision déficiente, de la direction d'acteur relâchée du réalisateur Luc Dionne qui gâche complètement le plaisir. Aurore n'est jamais ce film pertinent qu'on annonce, n'est jamais rien d'autre qu'un télé-théâtre sur grand écran. Et, contrairement à eux, Aurore - le film, évidemment - ne fera jamais partie de cette mémoire collective québécoise. Espérons que, contrairement à leurs personnages, les créateurs d'Aurore n'auront pas mauvaise conscience d'avoir négligemment transformé une histoire saturée d'émotion en chronique nécrologique anodine, qui s'oubliera aussi vite que le mort lui-même. Et, comme à Ste-Philomène, c'est probablement la faute de personne et de tout le monde.
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Photo Karl Filion

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