Affiche du film  Au nom de ma fille
© AZ Films

Au nom de ma fille

Version originale en français
v.o.f.s.-t.a. : Kalinka
15 juin 2016

Justice pourrie

Photo Par Martin Gignac

Difficile de trouver un sujet plus incendiaire que celui d'Au nom de ma fille. Une histoire vraie révoltante sur un père de famille (Daniel Auteuil) qui a lutté pendant des décennies pour faire accuser l'amoureux (Sebastian Koch) de son ancienne femme (Marie-Josée Croze) qu'il suspecte d'avoir tué sa fille adolescente. Son obsession s'appuie-t-elle sur des preuves tangibles ou est-il simplement jaloux de cet homme qui est responsable d'avoir brisé son couple?

À partir de cette prémisse forte (l'affaire Bamberski-Krombach est sans aucun doute l'un des feuilletons judiciaires les plus fascinants des quarante dernières années), le réalisateur Vincent Garenq s'applique à démontrer comment le processus de justice n'est parfois qu'un simulacre, trop souvent dépendant des interventions extérieures. Tel un André Cayatte des temps modernes (un cinéaste important, mais trop souvent oublié, auteur d'immenses fresques comme Justice est faite, Nous sommes tous des assassins et Avant la nuit), il analyse les rouages internes du système français, ses lenteurs, ses contradictions, ses guerres de relations publiques et ses entraves politiques. Dommage qu'il soit déjà passé par là sur son infiniment plus puissant Présumé coupable. Même son avant-dernier et supérieur long métrage L'enquête, qui n'a jamais pris l'affiche au Québec en dehors de festivals, décrivait déjà cette guerre de l'ombre où la morale a peu de pouvoir sur les intérêts financiers et personnels. On a bien hâte de le voir se réinventer et de changer de processus avant de trop se répéter, ce que par exemple les frères Dardenne sont parvenus à faire avec leurs derniers opus.

La mise en scène alerte, minutieuse et sans artifice est de style documentaire. C'est le sujet qui prime et il est développé avec pudeur et sobriété. Un esthétisme épuré et très classique qui n'est toutefois jamais éloigné du banal téléfilm trop illustratif, où la démonstration prime sur l'émotion. Résumer 30 ans d'histoire en 90 minutes est un exploit et l'ensemble ne manque pas de rythme, d'intérêt et de tension dramatique. Reste que le développement psychologique demeure primaire et que ces aller-retour entre le présent et le passé finissent par plomber le suspense. Un pépin qui n'est pas rare et que l'on retrouvait déjà sur L'affaire SK1, autre fait divers français qui glaçait le sang.

S'il y a une raison de ne pas bouder son plaisir, c'est pour la performance magistrale de Daniel Auteuil. Le grand comédien qui s'était recyclé derrière la caméra à cause du peu de rôles intéressants qu'on lui proposait au fil des dernières années trouve un personnage riche et complexe. Un être tourmenté aux profondes contradictions auquel il est si facile de s'identifier. Le scénario rigoureux de Garenq et de Julien Rappeneau (spécialiste des thrillers nerveux avec 36 Quai des Orfèvres, Pars vite et reviens tard et les deux Largo Winch) s'est inspiré du livre Pour que justice te soit rendue de ce père de famille et il laisse la part belle à sa compassion, à son héroïsme et à sa dévotion envers la mémoire de sa fille sans jamais verser dans le pathos. On aurait cependant voulu en savoir plus sur l'assassin potentiel qui est particulièrement ambigu. Prisonnière entre ces deux hommes, Marie-Josée Croze n'a pas toujours l'espace pour se faire valoir et elle manque plus d'une fois de crédibilité.

Impossible de ne pas rester indifférent devant Au nom de ma fille. Le long métrage très intense demeure malheureusement trop collé aux faits, étant incapable de les transcender et d'avoir une vue d'ensemble. On est loin du travail de Laurent Cantet sur le magistral L'emploi du temps ou même de son film jumeau L'adversaire de Nicole Garcia, qui mettait déjà en vedette Daniel Auteuil. Mais grâce au jeu extraordinaire de ce dernier, le récit mené tambour battant explose littéralement au visage des spectateurs qui hurleront devant tant d'injustices effroyables.

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Photo Martin Gignac

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