Affiche du film  Au-delà
© Warner Bros. Pictures

Au-delà

Version en français
v.o.a. : Hereafter
22 octobre 2010

Pas si simple

Photo Par Karl Filion

L'au-delà est un concept qui fascine l'Homme depuis des siècles et des siècles, et auquel on a proposé toutes sortes d'explications plus ou moins admises et acceptées, selon la croyance de chacun. On ne peut pas reprocher à Hereafter d'être christiano-centriste; la société occidentale est christiano-centriste. On ne peut pas non plus lui reprocher d'avoir des croyances, tant qu'on en est assez conscient pour se faire sa propre idée. Mais on peut lui reprocher la mollesse de son scénario et la simplicité de ses thématiques.

George habite à San Francisco. Il a un don de voyance mais refuse d'en faire un commerce, lui qui voudrait plutôt mener une vie normale. Il aimerait bien rencontrer quelqu'un et tomber amoureux, mais son don l'en empêche. À Londres,  le jeune Marcus vit difficilement le décès de son frère jumeau Jason, et tente d'entrer en contact avec lui dans le monde des morts, mais sans succès. Pendant ce temps, la journaliste française Marie Lelay survit miraculeusement à un tsunami, mais elle est hantée par une vision de ce qu'elle croit être l'au-delà. Par un concours de circonstances, les trois vont se rencontrer à Londres.

Le scénario souffre de plusieurs graves problèmes qui auraient dû être diagnostiqués dès la pré-production. La mise en place du dénouement (c'est à ça que servent les deux premières heures du film, au fond) est basée sur une coïncidence (un jeune Londonien se souvient du visage d'un Américain de San Francisco qu'il a vu sur internet il y a plus d'un an alors que ce dernier fait justement un voyage à Londres parce qu'il aime Charles Dickens, ça aurait très bien pu ne pas se passer) particulièrement mince, et dont la portée symbolique demeure plutôt douteuse. D'autant que le reste du récit n'est pas particulièrement inspiré ou transcendant, se contentant de lieux communs.

Les personnages sont incohérents (pourquoi le jeune Marcus, après ses nombreuses mauvaises expériences, fait-il encore confiance à un voyant, et pourquoi à celui-ci en particulier? Les beaux yeux de Matt Damon?) et même la mythologie du film est trahie pour que le récit puisse se poursuivre (disons que l'explication du don de George n'était pas nécessaire). Les coïncidences sont tellement fortes (et le message tellement quétaine), qu'on se surprend à rire plutôt qu'à s'émouvoir. D'autant que le message est particulièrement simpliste.

Une scène cependant est véritablement prenante : George (Damon) accepte d'entrer en contact avec le père décédé d'une jeune fille qu'il vient de rencontrer et qu'il aime bien. Cela donne l'occasion à Bryce Dallas Howard de démontrer son grand talent, et la scène porte en elle une véritable émotion. Contrairement au reste du film, réalisé mièvrement (incluant zoom-in incongrus et musique envahissante) par Clint Eastwood, qui se fait décidément vieux. Cela n'aide pas non plus que les jumeaux Frankie et George McLaren soient de très mauvais acteurs.

Hereafter est un film qui aborde un sujet sensible et qui, n'allant pas au bout de ses idées, se ridiculise en le faisant. Il se fait même prédicateur en prétendant que « des preuves scientifiques existent » et que c'est un complot savamment orchestré qui les empêche d'éclater au grand jour, pour que tout le monde comprenne enfin le plus grand mystère de la vie : la mort. Mais ce film ne sait pas se faire suffisamment inspirant pour convaincre.

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Photo Karl Filion

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