Au bout de la route

Version en français
v.o.a. : Reservation Road
24 octobre 2007

Par pitié

Photo Par Karl Filion
Au bout de la route baigne dans les mêmes eaux que L'épreuve du courage, paru il y a quelques semaines, mais la violence en moins. Ici, un accident, mais le même sentiment de haine et de vengeance, en plus de cette idée complètement farfelue que de punir le coupable répare les gestes commis. Un film mièvre, avec des acteurs de talent qui ne sont pas à la hauteur, perdus qu'ils sont entre un scénario sans bonnes idées et une réalisation convenue.

Le jeune Josh est happé mortellement par une camionnette de couleur foncée lors d'un accident tragique. Son père, Ethan, sachant que le responsable court toujours, est incapable de faire le deuil de son fils et devient obsédé par l'idée de retrouver le conducteur pour le punir lui-même. Le chauffard, un avocat, vit au quotidien avec sa culpabilité et voudrait passer quelques jours en compagnie de son fils pour regarder la Série Mondiale avant de se livrer à la police.

Le réalisateur et scénariste Terry George choisit de montrer deux pères aimants, respectables, qui doivent composer avec un même drame. L'un est le coupable, l'autre est la victime, mais les deux sont malheureux. Le scénario, bien trop classique et éparpillé, hésite à devenir vraiment moral pour tomber dans la facilité : chercher à faire ressentir la peine de la pauvre victime pour justifier ses choix. La réalisation manque de flair, les images sont vides, sans puissance ni conviction, presque ennuyantes.

Au bout de la route a tellement d'histoires sous-jacentes (des cours de piano, la relation entre divorcés) que le deuil de la famille n'est bientôt plus au centre de l'histoire. Si au moins ces détails permettaient de mieux saisir les personnages... Le film s'écarte complètement de sa trame narrative, pour finalement opposer Joaquin Phoenix et Mark Ruffalo dans un face-à-face final insipide, qui aurait pu être beaucoup plus efficace.

Phoenix ne s'élève jamais au-delà de la simple tristesse frauduleuse, tandis que Ruffalo, beaucoup plus convaincant, oscille entre culpabilité et amour paternel de manière plus crédible. Son histoire est négligée au profit de la populiste pitié envers la victime. Mais quelques années de prison équivalent-elles à une vie de tourments coupables?

Le film met un pied dans le thriller mais se rétracte immédiatement; il choisit plutôt la voie de la douleur, qui passe à travers le personnage de Joaquin Phoenix, devenu complètement obnubilé par l'idée de venger la mort (accidentelle) de son fils. De l'autre côté, le chauffard qui n'en est pas vraiment un (ni ivre, ni drogué) hésite à se dénoncer à la police... sans qu'on ne sache trop pourquoi il ne s'est pas tout simplement arrêté. Difficile de traverser un film si on a l'impression que tout pourrait être réglé avec un peu d'honnêteté d'un côté et de raison de l'autre. Peut-être qu'à ce compte-là, un thriller aurait été plus efficace...

Au final : beaucoup trop de baseball et autres anecdotes dans ce drame primitif, incomplet et sans grand intérêt malgré sa distribution impressionnante. On peut au moins en tirer une leçon, même s'il n'est pas certain que c'était volontaire : il est vraiment bien plus facile qu'on croit de passer de la victime au coupable.
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Photo Karl Filion

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