Assaut sur Londres

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v.o.a. : London Has Fallen
3 mars 2016

Président en péril

Photo Par Martin Gignac

Elle est loin l'époque où l'on pouvait compter sur Arnold Schwarzenegger et Sylvester Stallone pour sauver la planète. Aujourd'hui, on envoie Matt Damon, Liam Neeson ou Jason Statham s'acquitter de cette mission. Et lorsqu'ils sont trop occupés, ils dépêchent Gerard Butler. Sauf que cet acteur écossais n'est pas un héros très crédible. Il s'apparente plutôt à une sorte de Steven Seagal. Un wannabe sans charisme qui n'a possiblement que deux bons films à son actif (RocknRolla et Coriolanus) et qui surfe depuis près d'une décennie sur le triomphe financier de 300.

Le voilà de retour dans London Has Fallen, suite du succès surprise de 2013 (Olympus Has Fallen) qui s'apparentait à Under the Siege ou à un Die Hard des pauvres. Un long métrage ultra violent, ridicule et sans finesse, qui fait l'apologie des armes à feu et où notre protagoniste tue des centaines d'hommes pour sauver la peau du président des États-Unis (interprété par Aaron Eckhart). Lorsqu'ils tombent dans des embuscades terroristes à Londres, ce n'est que grâce à la force - et pas celle de Star Wars - qu'ils pourront s'en sortir vivants.

Arrivant à être encore moins réussie que son prédécesseur qui n'était qu'un banal film d'action formaté, cette nouvelle production rivalise avec celles de Michael Bay au niveau patriotique. On se retrouve ainsi rapidement devant une indigeste commande de propagande où il faut attaquer le premier, bombarder les autres pays "au cas où", se dire qu'on peut tirer dans le tas, car les méchants terroristes sont potentiellement partout et qu'il faut absolument seconder l'effort de guerre en envoyant maris et enfants servir dans l'armée. Le tout est offert lors d'un désolant discours final par monsieur crédibilité Morgan Freeman en vice-président américain.

D'ici là, il faut se farcir une série B stupide qui n'est jamais pleinement assumée. Si l'on pouvait rire de bon coeur devant le médiocre White House Down de Roland Emmerich, c'est impossible ici. Tout est pris sérieusement, même ces morts atroces de différents chefs d'État (dont celui du Canada) dans des séquences d'une débilité profonde qui rappellent que les survivants seront ceux qui sont disposés à faire couler le sang. Le scénario rudimentaire écrit par pas moins de quatre personnes débute dans l'humour, la camaraderie et les moments sentimentaux obligés (la naissance prochaine d'un bébé, comme toujours) pour se muter rapidement en champ de bataille de balles et d'explosions. Un peu comme dans les satires The Purge: Anarchy ou Escape From New York pour les plus vieux.

Aucune scène d'action ne vient toutefois faire oublier le marasme en place, si ce n'est ce spectaculaire enchaînement extérieur de plans-séquences avant l'assaut final. Relevant Antoine Fuqua à la réalisation, le Suédois Babak Najafi (qui s'y connaît en suite quelconque avec le navrant Easy Money II: Hard to Kill) offre une mise en scène compétente, mais sans attrait, sacrifiant tout aux invraisemblances d'usage. La distribution est peut-être alléchante (Melissa Leo, Robert Forster, Angela Bassett, Jackie Earle Haley), les comédiens ne sont là que pour faire de la figuration. Le seul à s'en sortir convenablement est Aaron Eckhart. N'importe qui voterait pour lui aux présidentielles, quoiqu'on regrette que la carrière du talentueux interprète soit en chute libre depuis The Dark Knight et Rabbit Hole.

Divertir grossièrement en laissant son cerveau au vestiaire est une chose. Offrir de la grosse propagande dommageable en est une autre. London Has Fallen se classe dans la seconde catégorie, faisant encore pire que son prédécesseur qui n'était pas passé à l'histoire. De quoi réévaluer à nouveau la position de Gerard Butler au sein des "stars modernes", lui qui après Gods of Egypt accumule les flops à la vitesse grand V.

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Photo Martin Gignac

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