Affiche du film  Arwad
© Funfilm Distribution

Arwad

Version originale en français
6 février 2014

L'île

Photo Par Karl Filion

Dès l'introduction, Arward, de Samer Najari et Dominique Chila, met en place son dispositif narratif, celui du secret, du non-dit; il s'agit en fait de « dévoilement progressif ». D'abord pudique (on ne parlera jamais de suicide, et qu'à mots couverts de l'adultère), certainement attaché à ses mystères, le film révèle lentement les personnages et leurs liens, leurs motivations. Cela permet à la trame, qui serait sinon assez conventionnelle (mari, femme, maîtresse), de gagner en intensité dramatique, si bien que ce récit, porté des acteurs qui en font suffisamment peu, convainc par sa construction minutieuse qui parvient à étonner.

Le contact initial avec la culture d'Arwad, petite île syrienne dont le personnage principal est originaire, est une expérience révélatrice et fascinante qui donne bien sûr le ton et qui agit tel un miroir pour le spectateur d'ici, qui ressent en partie le dépaysement de l'immigrant, thème central du récit, qui se joindra plus tard à d'autres thèmes culturels et de mémoire - des thèmes qui sont justement chez nous en pleine crise. La démonstration est convaincante sans être accusatrice, et on comprend, par empathie, un dépaysement que rien ne pourra jamais éliminer. Dramatiquement, voilà qui est franchement plus efficace et universel que d'adopter un ton de confrontation.

Les retours en arrière subséquents viennent certes révéler le récit, « justifier » en quelque sorte (même si le mot s'applique plutôt mal), ce qu'on a vu précédemment, peut-être « expliquer » les gestes posés par les personnages, mais ils servent surtout à les définir à travers leurs interactions familiales. Les personnages qu'on nous propose sont complexes, jamais manichéens, et c'est l'impact du récit sur eux davantage que le récit lui-même qui devient la colonne vertébrale signifiante du projet et qui fait le lien entre le film et le spectateur, puisqu'on n'a plus à lui révéler le dénouement.

De la même manière, la réalisation est simple mais près des personnages, saisissant furtivement leur humanité à travers les regards, les rapports et des dialogues souvent fins quoique parfois trop écrits. Les acteurs, tous convaincants, évitent la surenchère malgré les pièges, et c'est en grande partie grâce à eux si le récit nous paraît crédible. Ramzi Choukair, Fanny Mallette et Julie McClemens sont tous les trois en plein contrôle.

Même s'il n'est pas sans longueurs, surtout dans la dernière partie, Arwad sait miser sur ses forces, nommément les interprètes et la force tranquille de son récit, tout en minimisant ses faiblesses, soit son dernier acte plus faible et quelques redondances. Il en ressort une oeuvre signifiante et bien menée qui laisse présager l'émergence d'un regard actuel, humble et humain sur ces chocs culturels dont on n'a certes pas fini de parler. Tant mieux si ces deux réalisateurs les explorent à nouveau.

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Photo Karl Filion

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