Affiche du film Année Bissextile
© Universal Pictures

Année bissextile

Version en français
v.o.a. : Leap Year
8 janvier 2010

Superstition

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Lorsqu'une comédie sentimentale se déroule dans un lieu aussi riche - visuellement et historiquement - que l'Irlande, il est pour le moins légitime d'espérer un dépaysement, un emportement  - aussi infime soit-il - ou du moins un travail différent sur l'image nous faisant ressentir la rigueur topographique, peut-être même le charme de l'endroit. Mais rien de tout cela n'est exploité dans Année bissextile. La romance - improbable - qui assoit le récit aurait pu se dérouler partout ailleurs dans le monde. Tristement, ce petit pays d'Eupore de l'Ouest n'est qu'un banal prétexte à une démonstration grossière de faux-sentiments et d'ignobles clichés.

Le fait qu'une femme demande son copain en mariage le 29 février est une tradition irlandaise reconnue. L'amoureux d'Anna, Jeremy, est en voyage d'affaires à Dublin. Elle décide donc de partir à sa rencontre avec la ferme intention de lui demander sa main en terres européennes. Malheureusement pour elle, l'avion qui doit la conduire dans la capitale est forcé d'atterrir au Pays de Galles à cause d'une terrible tempête. Anna rencontrera alors Declan, un aubergiste, qui promet de la reconduire jusqu'à sa destination pour 500 euros. Ce qui aurait pu être la concrétisation d'une belle histoire d'amour s'avère plutôt un cauchemar interminable pour Anna.

L'idée des superstitions, des croyances mythiques - qui, exploitée avec diplomatie, aurait pu imputer au récit une individualité particulière - alourdit chaque scène et plonge facilement dans l'absurdité. On nous inflige toutes sortes d'inepties, tel le chat noir, et on omet pourtant de souligner le trèfle à quatre feuilles, l'un des symboles caractéristiques de l'Irlande. Certes, peut-être aurait-il été cliché de le mentionner, mais le film déploie tant de stéréotypes que l'éluder n'est qu'une bévue supplémentaire.

La jeune femme professionnelle, riche et déterminée, qui découvre, grâce à l'appui d'un bel inconnu que son existence bien organisée n'est peut-être pas l'idéal qu'elle convoitait est un canevas maintes fois employé, et maintes fois gâché. Les personnages sont typés, prévisibles, tout comme les situations qui, bien qu'elles se déroulent dans un contexte géographique inhabituel - souvent magnifique - , relèvent d'une médiocrité affligeante. L'humour – si l'on considère encore que piler dans un caca de vache est drôle - est facile, grotesque. L'être taciturne et morose qu'interprète Matthew Goode a certains travers cocasses, mais l'interprétation d'Amy Adams (comédienne pourtant talentueuse) est plutôt fade et machinale. La chimie entre les deux protagonistes n'est que proposée, les spectateurs ne ressentent pas, ou presque pas, la frénésie qui devrait les animer.

Année bissextile est une comédie romantique qui, comme tant d'autres, souffre d'un scénario déficient et d'un manque incontestable de caractère, d'excentricité. Dans sa volonté de vouloir toucher un public déterminé, d'entrer dans un cadre réconfortant, le film ne s'abandonne guère aux possibilités que lui offre tant le lieu que l'histoire. Dans la vie, le mystérieux flegmatique ne s'éprend pas d'une étrangère à des années-lumière de sa personnalité et la matérialiste rationnelle ne se métamorphose pas en une aventurière pour les beaux yeux d'un inconnu, et pourtant on se s'en porte assez bien.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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