Affiche du film  Angle Mort
© Remstar

Angle mort

Version originale en français
25 février 2011

Vacanciers en perdition

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

La diversité au sein du cinéma québécois n'est certes pas une mauvaise chose; même si nos compétences se limitaient par le passé principalement à la comédie destinée au public québécois et au drame d'auteur, essentiellement remarqué par les festivaliers étrangers, il est encourageant de voir notre cinématographie oser exploiter de nouveaux genres et abattre des barrières qui nous ont longtemps semblé infranchissables. Il est évident qu'exploiter des styles différents signifie assurément s'inspirer de spécialistes étrangers et d'oeuvres internationales. Pour ce qui est du suspense, les influences les plus évidentes sont sans conteste les productions onéreuses de nos voisins américains. Mais même si on a la possibilité de se faire l'écho de certains films et d'appliquer les règles de base qui les régissent, nous ne sommes pas contraints (même si Angle mort tend à démontrer le contraire) de répéter les clichés et les procédés impertinents qui altèrent leur efficacité.

Même si leur couple connaît certaines difficultés, Éric et Stéphanie décident de partir tous les deux en voyage à Santiago pour des vacances d'hiver. Ils apprennent en écoutant les nouvelle locales qu'un tueur en série terrorise la population de la région en assassinant des chauffards soûls. Dans une station-service, Stéphanie prend en photo un homme étrange, couvert de brulures, qui semblent être la cause de l'hystérie d'une jeune cubaine.  Plus tard, les deux vacanciers se retrouvent impliqués dans le meurtre de cette dernière dont le corps est retrouvé dans le coffre de leur voiture louée.

La première demi-heure du long métrage est très efficace; le rythme énergique introduit habilement les prémisses de l'intrigue, la chimie entre les deux acteurs est convaincante et la rigueur de la réalisation nous permet d'intégrer facilement l'histoire. Malheureusement, cette harmonisation technique et artistique ne tient pas. Dès le début de la deuxième moitié du film, les clichés s'enchaînent - le meurtrier indestructible qui marche lentement mais attrape tout de même ses victimes qui courrent, les protagonistes qui décident d'aller chercher de l'aide dans une ferme lugubre et isolée, un sauvetage de dernière minute par un homme que l'on pensait mort - et les dialogues perdent rapidement toute pertinence. La qualité de l'image parvient tout de même à maintenir ses standards malgré l'aberrance de la trame narrative.

La courte durée du film (79 minutes) altère également l'intelligibilité de l'oeuvre. Il est tout de même rare de voir un long métrage trop épuré, mais c'est pourtant le cas d'Angle mort. Alors que de nombreux réalisateurs ont cette « peur » justifiable d'amputer le film de son essence en tranchant certains passages qu'il considère importants, Dominic James semble avoir eu l'attitude contraire. Ce filtrage pointu de l'information cause certains problèmes au spectateur qui éprouve des difficultés à s'attacher aux personnages pour ainsi s'inquiéter de leur sort.

Cette nouvelle tendance à la diversité, à l'expérimentation de différents genres, est relativement jeune et, peut-être, avons-nous besoin de temps pour nous assumer pleinement dans ce nouveau mouvement. Mais pour réussir cette migration vers une plus grande disparité, sans doute faudrait-il commencer par éviter de reprendre les clichés et les erreurs de nos modèles.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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