Affiche du film  Amy
© Métropole Films Distribution

Amy

Version originale en anglais avec sous-titres en français
v.o.a. : Amy
10 juillet 2015

Un héritage en dent de scie

Photo Par Martin Gignac

Les meilleurs documentaires arrivent à captiver un cinéphile qui n'a, à l'origine, aucun intérêt pour un sujet. Qu'il s'agisse d'un photographe humaniste (Le sel de la terre), d'une équipe de hockey soviétique (Red Army) ou d'un poète québécois (Miron: Un homme revenu d'en dehors du monde), si l'essai est construit de main de maître, il est impossible d'y résister. Une optique qui ne s'applique pas tout à fait à l'émouvant long métrage Amy.

Morte à 27 ans comme Jim Morrison, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Brian Jones et Kurt Cobain, Amy Winehouse aura été une étoile filante de la musique. Avec son franc-parler, son authenticité, sa voix déchirante et sa connaissance approfondie du jazz, le meilleur était à venir pour cette jeune Britannique qui est décédée en 2011 d'une surdose d'alcool.

Le cinéaste Asif Kapadia la fait revivre à coup d'archives, d'images intimes et de témoignages. Ces documents sont probants et ils permettent de mieux comprendre cette pauvre âme qui est passée de la lumière à la noirceur en quelques années seulement. Son travail sur le montage est particulièrement ingénieux, alors qu'il garde les entretiens en périphérie (on entend les voix, mais les gens n'apparaissent jamais à l'écran), se concentrant sur la musique et les paroles des chansons.

Cette démarche percutante n'est toutefois pas exemplaire. La structure chronologique demeure très sage et il n'est pas rare d'avoir l'impression d'assister à une musicographie gonflée pour le cinéma, où les phrases creuses telles "Une autre crise et elle mourra" se succèdent. Un peu plus et on entend le fameux "Après la pause, Amy se bat avec ses démons et ses dépendances". Le ton voyeur et racoleur, parsemé de ralentis et d'arrêts sur image, finit presque par violer son jardin secret.

L'utilisation de pistes douteuses oriente régulièrement l'opinion du public vers différentes "causes" de cette tragédie, essayant de créer de la polémique là où il n'y en a pas nécessairement. Ici, c'est le père d'Amy qui a refusé de l'envoyer en cure de désintoxication ou qui lui met de la pression sur le dos qui est le grand responsable. Là, c'est l'amoureux qui a utilisé sa relation toxique pour se procurer de la drogue ou ce sont les amis qui ne l'ont pas écoutée suffisamment. Plus souvent qu'autrement, c'est la faute des médias, de la célébrité et du vedettariat. Vivre dans l'oeil des autres n'est pas donné à tout le monde et il y a nécessairement un bourreau et une victime.

Ces quelques désagréments finissent par plomber cet hommage qui aurait pu être magistral. Le réalisateur avait d'ailleurs eu la main beaucoup plus heureuse avec son précédent documentaire, Senna, où il était parvenu à convier l'esprit de son héros avec une grâce presque inégalable. Moins fusionnel, davantage conventionnel, beaucoup plus manipulateur, Amy touche tout de même une corde émotive, ne laissant nullement indifférent. Devant tant de talent perdu, on a seulement le goût de se lover dans la musique de sa chanteuse et d'oublier tout le reste.

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Photo Martin Gignac

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