Affiche du film  Alice aux pays des merveilles
© Walt Disney Pictures Canada

Alice au pays des merveilles

Version en français
v.o.a. : Alice in Wonderland
5 mars 2010

Suivez le lapin blanc

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Alors que l'oeuvre originale de Lewis Carroll s'avère une littérature - bien qu'originale et singulière pour l'époque - plutôt lourde et élitiste, Tim Burton nous offre un long métrage divertissant, coloré, ludique, mais incontestablement prévisible. Ce ne serait pas un véritable problème si Burton ne nous avait pas habitués à cet univers glauque et déroutant que seul son esprit déjanté pouvait engendrer. Ce conte - qui, à certains moments s'apparente à une fable de Lafontaine -, que l'on nous a vendu comme lugubre (à travers les bandes-annonces et les publicités), s'approche davantage des fées que des extraterrestres de Mars ou des mains d'argent d'Edward. La question en suspend est celle-ci : Peut-on apprécier une oeuvre légère, même familiale, née de l'esprit d'un macabre créateur ? J'ose répondre : et pourquoi pas...

Alice, maintenant âgée de 19 ans, a des cauchemars récurrents sur le pays des merveilles, qu'elle croit issu de son imagination effervescente. Le jour où un jeune Lord barbant la demande en mariage devant toute sa parenté, elle est prise de panique et court se cacher dans les bois. Elle tombe alors dans le terrier d'un lapin et se retrouve dans un monde fantastique où d'étranges personnages débattent sur le fait qu'elle serait ou non la vraie Alice. Ces curieux individus maintiennent qu'ils l'attendaient depuis longtemps et qu'elle a le devoir de sauver le peuple vivant sous le joug de la Reine Rouge.

Les personnages sont indiscutablement la force maîtresse du long métrage. Un chapelier excentrique qui parle en rimes, incarné avec fidélité par Johnny Depp, une souris téméraire qui protège son dû, une sage chenille qui fume de la chicha, un chat souriant qui disparaît selon son gré et une Reine Rouge (habilement interprété par Helena Bonham Carter) intoxiquée par le pouvoir. Notons également la lumineuse performance d'Anne Hathaway dans le rôle d'une dame blanche pacifiste et raffinée.

Une différenciation entre le monde réel et le pays des merveilles semble avoir été amorcée - certains passages mentionnent d'ailleurs la possible chute de l'aristocratie et le développement du marché extraterritorial - mais une finale aberrante viennent briser cette intéressante distinction, amputant l'univers allégorique de son caractère d'exception. En Angleterre, au XIXe siècle, les femmes n'avaient sans doute pas les droits qu'Alice semble plaider, et malgré toutes leur force de persuasion, elles ne devenaient pas présidentes de compagnie ou célibataires affranchies.

Les décors, tout aussi burlesques qu'élégants, reflètent habilement l'univers loufoque qu'a imaginé Lewis Carroll en 1865. Avec une touche de modernisme substantielle et une teinte sinistre - plutôt discrète, mais tout de même -, le monde qu'a créé Burton, au-delà de sa magnificence, génère une réflexion intéressante sur la folie et l'imaginaire. Même s'il aurait été préférable que cette méditation soit plus élaborée, moins supposée, on parvient malgré tout à expertiser cette quête du « soi » (suis-je la bonne Alice?) et à se convaincre de notre propre aliénation.

Qu'on connaisse ou non la différence entre un bureau et un corbeau et que l'on apprécie ou pas de poser ses pieds endoloris sur un cochon, on a tous une démence (plus ou moins manifeste) qui anime notre esprit. Qui sait, peut-être parviendrez-vous à interpréter votre propre folie grâce au pays des merveilles? Il vous suffit de suivre le lapin blanc.

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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