Affiche du film  Abraham Lincoln : chasseur de vampires
© 20th Century Fox

Abraham Lincoln : chasseur de vampires

Version en français
v.o.a. : Abraham Lincoln: Vampire Hunter
22 juin 2012

Le plan de contingence

Photo Par Elizabeth Lepage-Boily

Avec un titre comme Abraham Lincoln: Vampire Hunter, on ne peut pas vraiment se prendre au sérieux. Même si on considère cette production comme un film de série B avec un budget beaucoup trop important, elle reste d'une puérilité inconcevable. Le long métrage est inspiré du roman du même nom et met en scène de véritables évènements qui ont marqué le mandat et l'existence du seizième président des États-Unis, comme la Guerre de Sécession et l'abolition de l'esclavagisme. Tous ces passages historiques, pourtant d'une grande éloquence en eux-mêmes, sont entachés et même parfois expliqués par une chasse aux vampires qui ne trouve de résonnance et de véritables justifications à aucun moment dans le récit. L'histoire va même jusqu'à expliquer la mort du premier fils de Lincoln, William, ainsi que celui de sa mère alors que le président n'était qu'un enfant par une étrange morsure de vampires. Même si la cohérence et l'intelligence ne sont visiblement pas ce que recherchaient les créateurs de ce film, ces allusions forcées font de la production une caricature mal assumée et un suspense d'épouvante trop encadré et prévisible.

On tente également de faire de nombreux parallèles avec la religion catholique, avec Dieu, Jésus, Judas et l'Abraham de la Genèse. Ces efforts pour ancrer le film (de série B, vaut-il la peine de se le rappeler?) dans une mythologie solide ne font que diminuer la respectabilité de l'oeuvre, qui n'était déjà, pourtant, pas très élevée. Les dialogues, d'une prévisibilité et d'une divagation immense, ne contribuent pas non à augmenter l'éloquence du récit. Des phrases comme : « La vraie puissance Lincoln, vient de la vérité » ou « Les États-Unis resteront à jamais une nation de vivants » ont la force de décourager même les plus fidèles adaptes du genre. Même les combats, qui sont parfois défendus par des effets spéciaux d'une qualité acceptable (avec 70 millions $ de budget, des effets spéciaux moyens seraient plus qu'une honte), se révèlent d'un ridicule difficilement égalable. Juste la hache/fusil faite d'argent que le Président trimbale avec lui en lui faisant faire quelques voltiges de majorette dépasse l'entendement et les limites de l'acceptable en terme de ridicule. En fait, si l'oeuvre nous avait été présentée à la base comme une satire, si elle ne tentait pas avec autant de volonté de retrouver le sérieux d'un drame, Abraham Lincoln : Vampire Hunter ne serait peut-être pas l'échec qu'il est.

Les acteurs font du mieux qu'ils peuvent pour livrer une performance adéquate, mais eux aussi semblent perdus entre la moquerie et la critique sociale. Benjamin Walker a certaines ressemblances physiques avec le protagoniste, certes, mais n'a pas le charisme nécessaire pour personnifier un personnage d'une telle prestance et d'une telle notoriété qu'Abraham Lincoln. Les comédiens secondaires ne sont pas non plus remarquables, tous prisonniers d'un personnage insensé.

Abraham Lincoln: Vampire Hunter a au moins le mérite d'avoir essayé quelque chose. Il a tenté un style différent, une histoire risquée, des acteurs méconnus pour la plupart et doit assumer les conséquences aujourd'hui. Mais, si c'est insuffisant, il pourra se consoler en se disant qu'il a essayé. On espère tout de même que Fox a un plan de contingence (il faut avoir vu - et souffert - Abraham Lincoln pour la comprendre celle-là)...

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Photo Elizabeth Lepage-Boily

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